SANS-PAPIERS: Amen acas kate! (Nous resterons ici!)
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Lorsque ta maison est détruite, que tes parents ont été abattus par les voisins, que tes frères et sœurs ont perdu leur maison sous les bombes de l’OTAN, alors tu fuis, tu vas là où la paix semble stable et où, dans les rayonnages des magasins, il reste toujours quelque chose pour apaiser ta faim. Là où un avenir pour toi et tes enfants semble possible. Seulement personne ne veut de toi, comme depuis des siècles.


Depuis avril 2002 en RFA, les Rom, constamment menacés d’expulsion, se battent contre leurs conditions de vie indignes. L’arrestation et la déportation de Mr Demiri de Essen – sans préavis et sans sa famille – vers Belgrade ont poussé plus de 700 Rom à installer un campement dans la ville pour attirer l’attention sur leur situation catastrophique. Aucun politicien n’ayant été sensible à cette action de protestation, les Rom ont décidé d’organiser une caravane à travers l’Allemagne: de Essen, ils sont allés à Hambourg, Berlin, Hanovre, Bielefeld, Münster, Dortmund, Wuppertal, Cologne, Düsseldorf... La ville de Berlin leur a donné la permission de manifester, mais plusieurs centaines de policiers avec des chiens ont fouillé les personnes et les ont "marquées" avec des bracelets en plastique. La ville de Cologne leur a refusé l’eau chaude et ne leur a permis qu’un trajet qui passait par des petites rues peu peuplées. C’est maintenant à Düsseldorf qu’ils ont réinstallé leur campement.


En ex-Yougoslavie


Au Kosovo qui est sous gestion transitoire de l’UNMIK (United Nation Mission In Kosovo), les gestionnaires fantasment sur un Kosovo paisible et multiethnique dans un avenir proche. Le 6 juin 2002, le vice-directeur de l’UNMIK écrit à Tilman Zülch de l’Association pour les Peuples menacés de Göttingen: "Je me réjouis de pouvoir vous dire que nous avons fait des progrès considérables dans cette affaire. Nos efforts sont soutenus par l’Autogestion Provisoire du Kosovo (PISG), créée récemment, qui a déclaré que l’intégration des minorités et des réfugiés était une de ses priorités. Pour la première fois depuis 1999, nous avons une réelle chance de faire de véritables progrès dans les relations interethniques et pour un Kosovo paisible et multiethnique. (...) Nous nous trouvons dans la phase initiale très critique d’un processus très prometteur. Nos initiatives qui sont soutenues par le PISG ont besoin d’un changement de mentalité de la population dans son ensemble et au sein des collectivités locales. Je suis confiant en ce qui concerne l’amélioration de la situation des minorités au Kosovo dans un avenir proche. (...) Dans le plan que Michael Steiner a présenté officiellement le 21 mai 2002 concernant le retour durable des membres de minorités ayant été chassés, nous demandons aux pays d’accueil occidentaux de renoncer aux expulsions des membres des minorités et les encourageons à développer des projets d’intégration qui contribueront à la réussite durable d’un retour volontaire".


Ni les actions des Rom, ni le plan de Steiner n’ont impressionné les ministres de l’Intérieur des Länder et de la Fédération. Ils ont préféré croire les fantasmes des gestionnaires sur place et ont décidé lors de leur conférence à Brême du 6 juin dernier que les conditions étaient réunies pour un "retour forcé" des Rom, Ashkali et autres minorités sur le territoire de l’ex-Yougoslavie. Le Haut Commissariat de l’ONU pour les Réfugiés et d’autres organisations ont pourtant mis en garde les pouvoirs publics sur le fait que les membres des minorités n’avaient pas accès au système de santé, à l’éducation, aux logements, à l’emploi et à la propriété, qu’ils devaient en partie vivre dans des enclaves protégées par l’armée et étaient souvent victimes de violences. La RFA n’en a pas moins conclu un contrat avec la République de Yougoslavie sur le "retour" des Rom en Serbie et au Montenegro. Dans ces deux régions vivent environ 750.000 réfugiés du Kosovo, de Bosnie et de Croatie, dont 70.000 Rom.


A Düsseldorf


Les Rom maintiennent toujours le campement à Düsseldorf, malgré des conditions très difficiles. Ils mobilisent pour d’autres actions. Pendant ce temps, les expulsions continuent, la peur monte dans de nombreux foyers de réfugiés. Le 18 novembre, un groupe de Rom occupait la centrale du PDS à Berlin et s’adressait au public: "Le PDS a participé à la décision d’accorder droit de cité aux Rom à Berlin. Le PDS n’a pas empêché que le sénateur Körting et son service d’étrangers devenus fous continuent d’expulser nos amis. (...) Le service d’étrangers (...) se réfère à l’ambassade allemande et aux lois et politiciens serbes. Ce sont des mensonges. Les lois et les politiciens n’ont rien à faire avec la réalité. (...) Nous rappelons que des centaines de milliers des nôtres ont été assassinés par des Allemands pour nettoyer l’Allemagne de notre peuple, comme cela a été fait avec d’autres. L’Allemagne a une responsabilité historique envers nous. (...) Nous resterons ici! Point! – Amen acas kate!"


Dix jours plus tard, 40 Rom occupaient le bureau des Verts à Düsseldorf. Des cabarettistes pourraient être jaloux de la lettre que les Verts ont adressée au public: "Au début de leurs actions, les Rom nous ont adressé plusieurs revendications dont nous avons tenu compte au cours de la journée. (...) Après ces revendication, les Rom n’en avaient plus et ils ont annoncé qu’ils allaient occuper nos bureaux au moins jusqu’à la conférence des ministres de l’Intérieur le 6 décembre, ou jusqu’à la décision de la Cour Européenne des Droits de l’Homme concernant la plainte du Congrès International des Rom qui ne tombera pas avant le printemps 2003. Cette revendication n’était pas acceptable à nos yeux. Nos bureaux ne sont pas adaptés pour abriter de façon durable 40 personnes – parmi elles de nombreux enfants et bébés. Lors de longues conversations, nous avons essayé d’expliquer aux Rom que nous ne pourrions pas prendre la responsabilité d’un tel séjour. (...)


Nous sommes désolés que les Rom, malgré de longues conversations constructives, n’aient quitté nos bureau que suite à la présence massive de policiers devant nos locaux et à la menace de s’en faire expulser par eux. Auparavant, nous avions convenu avec le Procureur et la police de ne pas relever leur identité et qu’ainsi, aucune poursuite judiciaire ne s’en suivrait.


La revendication politique d’un droit de séjour de tous les Rom reste un de nos principaux objectifs dans le cadre de la politique de réfugiés."


Les Rom et leurs enfants se sont donc retirés dans leur campement, certainement mieux adapté à les accueillir pendant l’automne allemand. Sept jours plus tard, huit policiers et quelques employés du service des étrangers y pénétraient à 8h30 du matin. A coups de pied contre les tentes et les matelas, les Rom ont été sommés de présenter leurs papiers. Cette action a eu lieu suite à une demande du service des étrangers de Essen qui recherchait 15 Rom pour les expulser. A midi, les Rom sont allés "rendre visite" aux bureaux du SPD de Rhénanie du Nord/Westphalie. Après quelques concessions du SPD, les Rom ont quitté le bureau vers 15h.


La conférence des ministres de l’Intérieur


Le lendemain, premier jour de la conférence des ministres de l’Intérieur, les Rom ont "rendu visite" aux Verts au Parlement de Berlin. Leur message était clair (www.krit.de/Aktion Rom): "Décembre est un mois décisif pour nous. Le 8 décembre 1938, Himmler déclarait qu’il fallait régler "la question tsigane selon son caractère racial". Le massacre de nos gens en Yougoslavie en 1941/1942 en a été une des conséquences. Le 16 décembre 1942, Himmler donnait l’ordre de transférer les Sinti et les Rom à Auschwitz. Exception provisoire: "les personnes tsiganes qui ont un travail fixe depuis plusieurs années". Le 5 et 6 décembre 2002, les ministres de l’Intérieur discutent tranquillement devant la cheminée si quelques-uns des nôtres pourraient échapper (provisoirement?) à un "retour". Condition: avoir un travail. Pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté: nous connaissons la différence entre le Troisième Reich et la République Fédérale! Mais c’est un affront de la part des politiciens de dire que les expulsions actuelles – vers la misère et parfois vers une mort prévisible – auraient l’avantage d’être encore autorisées selon les principes de l’Etat de droit. (...) Les politiciens devraient rendre public combien d’Allemands qui ont assassiné nos gens ont été condamnés et à quelles peines. Ensuite il faudrait qu’ils expliquent pourquoi nos gens doivent être expulsés à la moindre faute – par exemple lorsqu’avec 40 euros d’argent de poche par mois, ils ne payent pas leur billet de tram..."


Le lendemain, le sénateur de l’Intérieur de la ville de Brème déclare à propos de la conférence: "La conférence des ministres de l’Intérieur constate qu’un droit de séjour durable pour les minorités du Kosovo est exclu. Les ministres et sénateurs de la Fédération et des Länder en appellent aux concernés pour qu’ils rentrent chez eux de leur propre gré. Le retour volontaire au Kosovo est désormais possible en principe. Il a la priorité avant les expulsions. Les membres de la minorité serbe ne seront pas expulsés pour l’instant. Leur éventuelle expulsion sera à réexaminer ultérieurement. Pour ne pas mettre en danger le processus de stabilisation au Kosovo, le retour forcé des membres de minorités se passera petit à petit et en coordination avec l’UNMIK. Des retours à une plus grande échelle ne sont pas encore possibles pour le moment.


La conférence considère que les conditions pour un retour ordonné, éventuellement forcé, de petits groupes en coordination avec l’UNMIK sont réunies. La conférence demande au ministère fédéral de l’Intérieur de convenir d’un procédé avec l’UNMIK sous forme d’un "memorandum of understanding" qui garantira le démarrage du processus des retours dans les plus brefs délais. Le retour volontaire est soutenu dans le cadre des programmes d’aide de la Fédération et des Länder".


Un langage clair – on ne parle pas des petites omissions: les familles avec des enfants en dessous de 16 ans et les Rom de Berlin et de Rhénanie du Nord/Westphalie (sur la base d’une décision du Land) ne peuvent être expulsés jusqu’au 31 mars 2003.


Le 31 mars 2003 est l’avenir proche, la date à laquelle l’UNMIK aura fait de réels progrès décisifs, dans un processus prometteur vers un Kosovo paisible et multiethnique. La Serbie et le Montenegro auront certainement réussi d’ici là à réparer les plus gros dommages de la guerre civile et des bombardements de l’OTAN et à intégrer les 750.000 réfugiés qui sont déjà sur place, de sorte qu’il y ait une place et des perspectives d’avenir pour ceux et celles qui vont les suivre!

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Archipel

Dieser Text stammt aus dem Archipel

Ausgabe: 101 (01/2003)

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