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ALLEMAGNE: Chaque camp est un camp de trop
joelle

Anti Lager Tour


Crivitz est une petite ville du Mecklembourg, située au bord d'un lac et coquettement aménagée pour répondre aux attentes des touristes. A quelques huit kilomètres de là, les 200 réfugiés logés à Tramm, dans une ancienne caserne au milieu de la forêt, ne peuvent qu'admirer de loin la beauté d'un site dont ils ne profitent pas. Il s'agit de demandeurs d'asile dont certains attendent depuis plus de huit ans une décision, attente qui se solde souvent par une expulsion.


 


A la fin du mois d'août dernier, la quiétude de Crivitz a été quelque peu perturbée. En effet, des réfugiés de Tramm et d'autres foyers pour requérant-e-s d'asile ainsi que des personnes solidaires détentrices de "bons" papiers, ont installé un campement devant la ville où ils ont convié la population locale à un repas africain ainsi qu'aux diverses manifestations et activités prévues.


Au sein d'organisations de réfugiés telles que "The Voice" ou bien la caravane "Kein Mensch ist illegal", les réfugiés tentent depuis des années d'attirer l'attention sur la dégradation du droit d'asile. Cette année, dans le cadre d'une coordination Kein Mensch ist illegal/Réseau no border (voir ci-après), ils ont organisé une tournée, "l'anti lager tour", de la frontière hollandaise à la frontière polonaise, pour protester contre la situation dans les centres d'hébergement pour demandeurs d'asile et les "Centres de départ" (Ausreisezentren) et dénoncer leur existence. En Allemagne, environ 600.000 réfugiés et sans-papiers vivent dans ce type de camp. Chaque étape de la tournée durait quelques jours et différentes actions étaient organisées à partir des campements.


Après Bramsche, Hannovre, Neuss et Halberstadt, l'anti lager tour est arrivé le 27 août au Mecklembourg, plus précisément au ZASt de Horst (le Centre d'enregistrement central), où une présence policière massive empêchait les réfugiés d'accéder au campement. C'était la première fois depuis le début de la tournée que des personnes ne correspondant pas au profil européen moyen se faisaient contrôler. Et, c'est justement dans ce Land où les responsables politiques se prévalent d'un allègement de la loi sur l'assignation à résidence1 que deux plaintes pour violation de l'assignation à résidence ont été déposées.


Le campement de Crivitz avait failli ne pas avoir lieu; la commune avait retiré son accord au dernier moment. Finalement, un paysan a mis à disposition une de ses prairies, de sorte que les tentes pour la cuisine collective, les réunions, la presse et pour l'hébergement ont pu être montées. La qualité et la quantité des denrées alimentaires offertes par des paysans conventionnels et bios locaux ont  surpris les cuisinièr-e-s de Hannovre et de Weimar. Le campement a rassemblé environ 150 personnes du Land, aussi bien des réfugiés que des membres des différents collectifs de soutien, plus la cinquantaine de personnes qui ont participé à la totalité de la tournée.


 


Un camp sous haute surveillance


Tout véhicule, ainsi que ses passagers, qui entrait ou sortait du campement était systématiquement contrôlé, sous prétexte de "contrôle de la circulation".


Quand on demandait aux policiers pourquoi ils voulaient tous les papiers, ils répondaient qu'ils soupçonnaient la présence sur le terrain de personnes sans papiers valides. Après ces contrôles, les véhicules étaient accompagnés (pour leur propre protection!) par deux à trois voitures de police ou par un petit bus. A un kilomètre environ du camp de réfugiés de Tramm avait été mis en place un poste de contrôle éclairé par un spot de stade de foot monté sur un camion-grue, sans doute là pour rassurer les "uniformes" dans ce bois sombre! Dans le camp lui-même, derrière un haut grillage, quatre à cinq voitures de police patrouillaient. L'Ordnungsamt2 de Parchim avait interdit toute visite dans le camp de Tramm tant que l'anti lager tour stationnerait à Crivitz. Ni les policiers ni les vigiles du camp n'étant disposés à prévenir les réfugiés lorsque quelqu'un voulait leur rendre visite, on restait là devant le portail fermé sans pouvoir entrer en contact avec eux.


Le deuxième jour, un convoi de voitures de plusieurs unités différentes de la police qui s'était glissé à l'intérieur du campement se heurta à l'opposition des participants à l'anti lager tour. D'une des voitures, on put entendre un policier annoncer par radio: "Replions-nous, les poursuites pénales viendront plus tard". Nul doute qu'ils avaient accumulé assez d'enregistrements vidéos et de contrôles d'identité pour fournir tout le matériel nécessaire.


Lors du match de foot amical avec le club de Zapel, ou lors des manifestations à Crivitz, Schwerin ou Parchim, un déploiement policier totalement disproportionné (de 140 à 180 en uniforme et en civil, pour encadrer 150 personnes) a permis aux autorités de suggérer que les réfugiés et ceux qui les soutiennent pourraient être dangereux.


 


Les "foyers de la jungle"


Courant 2003, le gouvernement du Mecklembourg avait décrété que les "foyers de la jungle" (des camps de réfugiés situés en forêt, en général dans des anciennes casernes) devaient être fermés avant le 31 décembre; les réfugiés seraient relogés dans des petites villes avoisinantes telles que Parchim ou Ückermünde. A Ückermünde, une "Kameradschaft" ("camaraderie" néonazie) avait alors organisé une série de protestations de citoyens contre l'hébergement de réfugiés dans la ville. A Parchim, une pétition tout aussi raciste, initiée par des cercles d'extrême droite, avait circulé, ce qui a empêché ou freiné la mise en oeuvre de l'arrêté. Un bâtiment est actuellement en construction à Parchim, dans la zone industrielle, avec une capacité d'accueil de 200 personnes. Or, le district doit en loger 450. On peut craindre que les quelque 250 réfugiés surnuméraires soient tout simplement renvoyés hors du pays.


L'énorme déploiement policier pendant l'anti lager tour a conforté une image de "l'étranger criminel" que beaucoup ont déjà acceptée, par facilité, pour ne pas avoir à agir. Cependant, la tournée a réussi à attirer l'attention sur les problèmes des réfugiés dans le nord de l'Allemagne. Dans le Mecklembourg où la population est relativement clairsemée, les gens qui se révoltent contre le racisme se sont rapprochés davantage. La nature des relations forgées avec les réfugiés, à cette occasion, diffère agréablement des sermons des politiciens et autres "philanthropes".


 


Deux poids, deux mesures


Beaucoup de choses absurdes se déroulent au Mecklembourg, et pas seulement ces derniers mois. La banlieue de Rostock, Lichtenhagen, est connue dans le monde entier depuis l'incendie criminel du foyer de demandeurs d'asile en 1992. Aucune explication officielle satisfaisante n'a jamais été fournie sur la situation qui a rendu un tel attentat possible, ni sur les responsabilités dans cette affaire. Cet attentat, ainsi qu'une série d'attaques similaires, a préparé le terrain pour la réforme de la loi sur l'asile de 1993 en RFA. Depuis, les fondements constitutionnels ont été tellement sapés que le quota d'acceptation des demandes d'asile est aujourd'hui descendu en-dessous de 5%.


Le ministre de l'intérieur allemand parle depuis quelques temps de nouvelles "mesures humanitaires". Il entend par-là la mise en place de camps de réfugiés à l'extérieur des frontières de l'Europe. Le gouvernement italien est déjà en train d'expédier par avion les réfugiés provenant principalement d'Afrique et d'Asie vers la Libye. Il incombe maintenant aux Libyens de rechercher leurs pays d'origine afin de les expulser. La Forteresse Europe essaye de se rendre de plus en plus étanche. Toutes ces mesures sont officiellement justifiées par la lutte contre la criminalité et le terrorisme. Elles sont également censées mettre fin aux agissements des bandes de passeurs et à la traite d'êtres humains.


Dans le même temps, le chancelier fédéral de la RFA décerne au père Imre Kozma, un hongrois, la croix fédérale du mérite (celui-ci a également reçu du Pape un titre honorifique). Le père Kozma avait pris la direction de la branche hongroise des œuvres de bienfaisance de l'ordre de Malte-Caritas, peu après sa création en février 1989, une organisation caritative fondée avec l'aide de membres de l'ordre de Malte allemands et celle d'Adligen Csilla de Boeselager d'origine hongroise. Quelques semaines plus tard, l'Ordre de Malte montait à la frontière hongroise, sous la direction du prêtre, un campement pour accueillir les premiers réfugiés de la RDA.


Une plaque de marbre commémorative sur laquelle est inscrit: "A mi-chemin vers la partie libre de l'Allemagne" rappelle cet événement.


Deux poids, deux mesures…


Herma Ebinger FCE – Allemagne


 


1. Residenzpflicht: selon cette loi, les réfugiés ne peuvent quitter le district dans lequel ils sont assignés qu'en possession d'une autorisation écrite du service des étrangers. Depuis un an, ils peuvent circuler entre certains districts sans cette autorisation


2. Service dépendant de la mairie et qui gère l'ordre public

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Archipel

Dieser Text stammt aus dem Archipel

Ausgabe: 121 (11/2004)

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