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ALLEMAGNE: L’aide aux réfugié·e·s un devoir national?

Cet article décrit la politique du gouvernement fédéral envers les réfugiés jusqu’à mi-septembre. Nous voulons, ici, examiner la «pré-histoire», car actuellement les événements se succèdent à une telle vitesse qu’ils tombent facilement dans l’oubli, au rythme des nouveaux centres d’intérêts des médias.
Depuis des années et plus intensivement depuis la mi-avril, des milliers de réfugiés essayent d’atteindre l’Europe en passant par la Méditerranée. Nombre d’entre eux s’y sont noyés. A plusieurs reprises, l’Italie a appelé les Européens à l’aider à accueillir les réfugiés échoués sur ses côtes, sans succès. Le gouvernement allemand a demandé l’intervention de bateaux de guerre pour combattre les passeurs en mer Méditerranée. Les réfugiés de Lampedusa, célèbres depuis leurs actions de contestation spectaculaires, qui ont réussi à venir jusqu’en Allemagne et réclament une régularisation collective, font face jusqu’à ce jour à un refus sans pitié des autorités et sont poursuivis par la police.
Entre-temps, de nombreuses initiatives privées contre la mort en masse en Méditerranée ont vu le jour comme, par exemple, le bateau de sauvetage Seawatch ou bien le téléphone d’alarme Watch The Med* qui tentent de briser la politique de cloisonnement de l’Union européenne. Les églises protestantes et catholiques ont appelé leurs paroisses à ne pas détourner les yeux face au dénuement des réfugiés et les encouragent à les protéger en leur ouvrant leurs églises.
Des mois durant, le gouvernement fédéral a laissé la responsabilité de l’hébergement du nombre croissant des réfugiés aux Länder et aux communes, obligés de mettre à disposition des logements et d’organiser une prise en charge pour des milliers de réfugiés, dans un temps record. Dans toute l’Allemagne, des organisations nationalistes, instrumentalisant l’accueil des réfugiés, organisent, sous couvert de prétendus mouvements de «citoyens inquiets», des actions de protestation devant les centres d’hébergement déjà occupés ou non. Ni le gouvernement, ni les experts sécuritaires ne prennent spécialement au sérieux leurs campagnes de dénigrement racistes, leurs agressions contre les réfugiés et leurs attentats à la bombe incendiaire. On laisse, pour ainsi dire, aux groupes antifascistes le soin de s’opposer aux racistes. La CDU, parti au pouvoir, observe une réserve subtile, comme par exemple dans mon Landkreis (canton) MSE où le sous-préfet (CDU) a confié à son suppléant (Die Linke, parti de gauche) la charge de persuader les communes de la nécessité d’héberger les réfugiés et au besoin de les y obliger.
Brusque revirement
Le revirement d’Angela Merkel est survenu au moment même où la confrontation entre les forces nationalistes d’un côté et les communes débordées et les réfugiés toujours plus nombreux de l’autre, avait déclenché une vague de solidarité au sein de la population. Le 26 août dernier, Madame Merkel a effectué une visite à la commune d’Heidenau qui depuis deux semaines défrayait la chronique dans toute l’Europe car les fascistes y avaient organisé plusieurs marches contre l’hébergement d’urgence de 600 réfugiés dans un ancien Baumarkt (supermarché du bâtiment). La chancelière y déclarait que les réfugiés sont les bienvenus et que le gouvernement ne tolérera aucune esclandre, ni injures, ni attaques avec voies de fait contre les réfugiés. Quelques jours plus tard, elle élevait l’accueil au rang d’un devoir national. Voici à peu près l’esquisse qu’elle en a fait: «face à la détresse de je ne sais combien de milliers de réfugiés, l’Etat fédéral agira avec humanité et sans lourdeurs bureaucratiques. Les réfugiés syriens sont les bienvenus, même s’ils ont transité par un autre pays de l’UE; le gouvernement ne fixera pas de limite maximale. La plupart des réfugiés syriens ont un bon niveau de formation et doivent être intégrés, le plus vite possible, dans l’économie. Mais, pour aider ceux qui sont vraiment dans le dénuement, nous signifierons clairement à tous ceux qui ne sont pas menacés dans leur pays qu’ils n’ont pas leur place ici. Le gouvernement allemand demande à tous les pays européens de contribuer de manière adéquate à l’accueil des réfugiés. Il sera répondu avec la plus grande sévérité à toute attaque raciste; elle met en garde contre un nouveau danger de terrorisme d’extrême droite.»
Qu’a-t-elle obtenu avec ce discours? Tout d’abord, elle a réussi, au moins dans un premier temps, à relativiser la réputation de dirigeante politique froide et inhumaine qu’elle a en Europe. Mais en même temps, elle a fait la démonstration de son leadership vis-à-vis des autres pays de l’UE. Elle a suspendu pour les Syriens, provisoirement et sans concertation préalable, les accords de Dublin III qui stipulent que les réfugiés ne peuvent déposer une demande d’asile que dans le pays de l’UE où ils sont entrés en premier. C’est sur la base de ces accords que l’Allemagne refoule depuis des années des réfugiés vers la Grèce, la Hongrie, la Pologne ou l’Italie.
Les entrepreneurs se rangent derrière la chancelière car l’économie a un besoin urgent de gens avec un bon niveau de formation tels que les Syriens. Ils partent du principe que ceux-ci seront prêts à travailler pour un salaire modique. En conséquence de quoi, ils devraient être rapidement et sans lourdeur bureaucratique intégrés dans le  monde du travail, alors que les réfugiés originaires d’autres pays attendent depuis des années un permis de travail. Cette magnanimité envers les Syriens est censée occulter les expulsions accélérées de milliers de réfugiés originaires d’autres pays. En substance, elle dit ceci: les Roms et les Africains dehors, les Syriens dedans. La Serbie, la Macédoine et le Kosovo viennent d’être déclarés, in extremis, pays tiers sûrs et les expulsions battent leur plein.
Qu’en est est-il en réalité?
Les différents services publics responsables des réfugiés, à qui on a appris des années durant l’art et la manière de décourager les candidats à l’asile, sont complètement dépassés par les récentes décisions politiques. Dans les centres d’enregistrement complètement bondés des différents Länder règnent des conditions de vie inhumaines. Or, il n’y a pas plus de signes annonciateurs d’un élan allégé des lourdeurs bureaucratiques de la part des autorités que d’un soutien financier rapide du gouvernement fédéral.
On fait aussi endosser à la population dont la solidarité s’est manifestée par une très grande mobilisation aux côtés des réfugiés, quelle que soit leur origine, une grande part de l’aide concrète. Dans tout le pays, on voit se constituer spontanément des groupes de citoyens qui, avec les églises ou des associations, apportent une aide effective et sans lourdeurs bureaucratiques. Ici à Rostock, par exemple, plusieurs personnes auto-organisées sous le nom de «Rostock aide» s’occupent d’accueillir les nouveaux arrivés. Ces derniers sont hébergés dans des centres culturels alternatifs où on pourvoit à leurs besoins aussi bien que possible, tandis que la ville et les autorités du Land se font, pour l’instant, remarquer par leur absence. Les réfugiés peuvent embarquer en groupes de 75 par voyage en ferry vers la Suède, s’ils sont accompagnés d’une ou deux personnes de Rostock.
Avant que la situation dans les camps d’enregistrement ne tourne à la catastrophe, c’est l’occasion pour l’armée de redorer son blason en mettant rapidement à disposition 1000 lits alors qu’en principe, des organisations civiles telles que la Croix Rouge ou l’Agence fédérale pour le secours technique sont équipées pour cela et prêtes à intervenir, une occasion rêvée pour renforcer l’image d’une armée «humanitaire».
Que va devenir le «devoir national»?
Le ministre de l’Intérieur vient d’annoncer que l’Allemagne doit ralentir le flux de réfugiés et, joignant le geste à la parole, a rétabli les contrôles à la frontière autrichienne. La prochaine étape doit être la mise en place d’énormes camps d’«accueil» en Grèce et en Italie où les réfugiés venant d’arriver seront enregistrés et sélectionnés. Ces centres sont décrits dans le projet de la Commission européenne comme des «Hotspots» censés mieux contrôler les mouvements de réfugiés. De là, les uns devront quitter la Forteresse Europe tandis que les autres seront offerts au marché du travail et répartis entre les différents Länder. A cette dernière catégorie n’appartiennent, actuellement, que les réfugiés d’Erythrée, de Syrie et d’Irak. Les plans des deux premiers centres en Grèce et en Italie sont déjà prêts et ce sont les troupes frontalières européennes de Frontex qui en auront le contrôle. Deux bateaux militaires sont déjà en route vers la Méditerranée avec pour mission d’intercepter les embarcations avec lesquelles les réfugiés naviguent au-delà des eaux territoriales et de les détruire après évacuation des passagers. Personne ne parle de ce qu’il advient ensuite des passagers en question. Le gouvernement a décidé de mobiliser 950 soldats pour cette tâche. La prochaine étape envisagée par le ministre allemand de l’Intérieur, de Maizière, est l’installation de camps de réfugiés en Afrique du Nord administrés par l’UE.
Il ne faut pas s’attendre à ce qu’en Allemagne les personnes solidaires, de surcroît presque quotidiennement confrontées à des marches d’organisations racistes, acceptent l’une ou l’autre de ces pseudo-solutions militaires sans protester.


* Voir Archipel No 235, mars 2015, Seawatch et 233, janvier 2015, Le numéro d’alerte pour Boat people, premier bilan.

Wendland - Terre d’asile
Le Wendland est une région en Basse-Saxe, qui, depuis des années, est connue pour l’opposition farouche de sa population au stockage des déchets nucléaires dans une ancienne mine de sel et aux transports de tonnes de déchets vers cette mine par les fameux «castors».
Depuis que ces transports ont été arrêtés, on ne parle que peu de cette région rurale qui vit un exode constant de sa population.
Début 2015, des citoyens ont créé l’initiative «Wendland - terre d’asile» en invitant 10.001 femmes, hommes et enfants de pays détruits par la guerre, pour faire revivre ensemble cette région. Cette initiative a été très bien accueillie par les habitants. Des maisons inhabitées ont été proposées. Des lieux de rencontre pour et avec les immigrés sont nés, des gens se chargent d’accompagner les arrivants dans les bureaux de l’administration, d’autres collectent des habits et des meubles pour faciliter leur installation. Des volontaires proposent des cours d’allemand et ceux qui sont déjà arrivés sont invités à des réunions publiques pour pouvoir s’exprimer et s’informer.

L’initiative s’est donné pour but de procurer des billets d’avion aux gens menacés dans leur pays pour qu’ils ne soient plus dépendants des services onéreux et dangereux des passeurs. Un billet d’avion coûte nettement moins cher qu’un voyage humiliant de plusieurs mois. L’initiative milite pour qu’à leur arrivée, les réfugiés qui le désirent puissent recevoir tous les droits civiques. C’est alors qu’ils peuvent être des partenaires pour un avenir commun dans la région. Une utopie, loin de la politique, qui fait son chemin dans les têtes et par les actes.

Infos sur:  http://zufluchtwendland.de/


Rédigé par Jürgen Holzapfel,FCE-Allemagne, 15.10.2015, recrutés par ute
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Dieser Text stammt aus dem Archipel

Ausgabe: 241 (10/2015)

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