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ANTINUCLEAIRE: Résistance au village

Bure, c’est un village du sud de la Meuse, aux confins de la Haute-Marne et des Vosges, où l’Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs (ANDRA) construit son «laboratoire de recherche souterrain» depuis 2000. Depuis 50 ans, la France produit des déchets radioactifs pour faire des bombes, de l’électricité, des moteurs pour sous-marins qui envoient les bombes...
Alors, en 1979, le CEA1 crée l’Andra pour s’occuper spécialement des déchets radioactifs qui commencent à déborder de partout. En 1986, quatre sous-sols potentiels sont retenus pour enfouir les déchets nucléaires du peuple français. On murmurait déjà à l’époque que la nature des sols importait peu, que le plus conciliant l’emporterait. Contrairement à ce que l’Andra croyait, l’argent ne fait pas tout, et les habitants concernés par le projet de poubelle nucléaire s'y sont opposés. L’Andra a donc revu sa stratégie. C’est la naissance de la loi Bataille, en 1991. Cette nouvelle loi ne parle plus d’implanter des sites d’enfouissement mais des «laboratoires». De plus, elle promet encore plus d’argent aux collectivités candidates et des emplois encore et toujours. Enfin, elle assure qu’il y aura plusieurs labos, à différents endroits en France pour qu’il y ait ensuite un choix possible entre plusieurs sites.2
Mais pourquoi donc à Bure?
Une densité de 7 hab/km² et les dizaines de millions d’euros distribués aux collectivités, particuliers, entreprises et associations locales ont contribué à laisser s’implanter le «Labo» (1999), tandis que dans les nombreux autres villages pressentis ailleurs en France, les populations se sont fermement opposées et ont réussi à empêcher l’installation de tels laboratoires. Bure étant le seul site à avoir accueilli un laboratoire de recherche, la plus énorme poubelle nucléaire au monde se fera ici ou ne se fera pas! Il avait été promis aux populations locales qu’il ne s’agissait là que d’un laboratoire, or la loi de 2006 relative à la gestion des déchets radioactifs nous annonce, sans avoir le courage de citer Bure, «le passage à la phase d’enfouissement industriel»! Loi votée par seulement 19 députés présents sur 577!
D’un point de vue technique, en résumé, ce que l’Andra nous vend comme LA solution, c’est l’enfouissement des déchets dans des galeries, et ce dans une couche d’argile à 500m de profondeur.
Le petit nom de ce projet, c’est le Centre Industriel GEOlogique (Cigéo).
Le déni de démocratie
Selon la convention européenne d’Aarhus, des débats publics sont obligatoires pour tout projet de cette importance. Les conclusions du premier débat public (2005-2006) ont été ignorées. Avec le projet Cigéo, un deuxième débat était obligatoire. Les conclusions du premier débat ayant été ignorées, et ce deuxième débat n’étant que «consultatif» selon l’Andra et la CNDP3, quelques habitants ont décidé de réagir. Certains ont choisi d’infiltrer le débat pour y porter leurs arguments, d’autres le blocage physique des réunions. Ces deux modes d’action ont été complémentaires et ont pu porter leurs fruits, et mettre en avant toutes les failles de leur projet d’enfouissement. C’était l’an dernier, en 2013. A ce jour, les conclusions ne sont pas encore rendues.
S’opposer à l’enfouissement
Des conditions d’extraction de l’uranium jusqu’aux silences des élus locaux (dont le rôle, rappelons-le, est de veiller au bien-être de leurs concitoyens), le système nucléaire est inacceptable. Avec toutes les maladies qu’il engendre, le nucléaire crée plus de problèmes qu’il n’en résout. Pire, son omniprésence sur le territoire empêche le développement d’alternatives, alors qu’elles existent. Il y a dans les rangs des opposants à ce projet des gens de tous horizons et aussi des élus, des scientifiques, des juristes, des responsables de partis électoraux. Ils savent que la démocratie s’éclipse face au nucléaire.
Nous avons des arguments techniques et scientifiques contre l’enfouissement, et nous soutenons toutes les personnes qui ont pris de leur temps pour éplucher les dossiers de l’agence, débusquer ses manœuvres, et nous traduire à tous ce qu’ils avaient découvert. Leur travail a nourri notre colère, nous a donné confiance en nos capacités à comprendre et à répondre «non» lorsque les arrogants experts de l’Agence nous expliquaient que nous ne pouvions pas comprendre les données scientifiques et qu’il fallait faire confiance aux «sachants». Contre la propagande du nucléaire nous souhaitons voir circuler un autre point de vue: conférences, journaux, tenues de stands, tractages, etc.
Ne rien faire, c’est laisser faire. Et si l’on peut s’accorder sur l’idée qu’on n'a pas toujours le choix, il y a certaines choses qu’on ne peut pas/plus accepter. Il est souvent reproché aux opposants de ne pas proposer de solution pour la gestion des déchets. Or, est-ce vraiment à nous de proposer cette solution? Alors oui, il faudra bien faire quelque chose de ces déchets, c’est bien pour ça qu’il ne faut surtout pas les enfouir. Et si assurer un avenir sain pour les générations futures était une préoccupation de notre gouvernement, on arrêterait le nucléaire de suite. Nous sommes conscients de la complexité du problème et des menaces que les déchets radioactifs font peser sur l’avenir. Cette réflexion devra prendre le temps nécessaire pour formuler des propositions objectives, mesurées et acceptables démocratiquement.
Maison de résistance
Il y a plusieurs associations qui luttent localement contre ce projet, depuis 20 ans. Et puis, il y a dans le centre du village de Bure, un ancien corps de ferme acheté en 2004 par des antinucléaires de France et d’Allemagne, rénové, et devenu la Maison de résistance contre la poubelle nucléaire de Bure. C’est l’association Bure Zone Libre qui gère cette maison. Cette association est administrée par une collégiale franco-allemande de 15 co-présidents. C’est une association autonome et indépendante. Elle ne vit pas de subventions publiques mais des seuls dons et adhésions de ses membres et sympathisants ainsi que d’associations amies et partenaires.
Bure Zone Libre a pour objectifs:
- de promouvoir une autre manière de s’organiser (notamment via son fonctionnement institutionnel et la vie quotidienne dans la Maison); 
- d’offrir un soutien logistique à des actions antinucléaires diverses et de faciliter le travail des collectifs locaux;
- de donner au grand public une contre-information sur le nucléaire et ses déchets;
- de devenir une vitrine en matière d’autonomie et d’énergies renouvelables.
Depuis sa création, la Maison est occupée et animée par des personnes de tous horizons qui se relaient sur des périodes de quelques jours à quelques mois. La Maison fonctionne en autogestion, sur le bon sens et les envies de celles et ceux qui la font vivre. Ouverte à tous, il y a toujours des tonnes de choses à y faire, plus toutes les idées que nous n’avons pas encore eues et pour lesquelles nous vous attendons!
Lutte nationale et internationale
La gestion des déchets nucléaires est bel est bien une problématique nationale. De nombreux individus sont solidaires de cette lutte, et toujours dans le sens du refus du système nucléaire et de son monde. Un groupe informel, l’assemblée antinucléaire du grand tEst (sic) se mobilise depuis presque un an.
Il en ressort, entre autres, la volonté de mener une campagne d’action appelé Bure 3654 et ce durant un an. «Bloquer Cigéo, c’est désamorcer la machine atomique et forcer l’arrêt du nucléaire en France. Notre objectif est que, partout, des groupes s’emparent de cet appel et organisent le plus d’actions possibles pendant un an. L’idée est d’agir de manière décentralisée, dans des espaces inattendus, avec notre propre calendrier, là où leurs règles du jeu n’existent plus.
Cette campagne est solidaire de tout type d’action, basée sur la complémentarité des pratiques: désobéissance civile, actions publiques, actions directes, actions juridiques... La seule limite est de ne pas atteindre à l’intégrité physique des personnes.» La campagne Bure 365 sera lancée le dernier week-end de mai 2014.5
A Bure il y a un laboratoire, mais pas encore de déchets nucléaires. Rien n’est encore fait, et résister à ce genre de projet, c’est pour nous une manière d’attaquer ce système qui n’agit qu’en fonction du profit qu’il pourra en tirer. Leur système écrase beaucoup trop de monde. Alors, retrouvons-nous le plus souvent possible pour discuter, échanger, créer, résister, se soutenir, et avancer. L’espoir sans lucidité n’est qu’un rêve. Mais la lucidité sans espoir est une démission. Et pas moyen de démissionner!
Des antinucléaires de Bure


1. Commissariat à l’énergie atomique. Il a changé de nom en 2010 en élargissant son champ aux «énergies alternatives». Le CEA est actionnaire majoritaire d’Areva, pour le compte de l’Etat français.
2. Maine-et-Loire, Ain, Aisne et Deux-Sèvres (trouver appel de note).
3. Commission Nationale du Débat Public.
4. Bure 365, en écho à la campagne Gorleben 365 menée dans le Wendland en 2012.
5. A tous ceux qui veulent y participer, il faut envoyer vos communiqués et projets d’actions sur la boîte mail <nocigeo(at)riseup.net>, ils seront relayés directement sur <nocigeo.noblogs.org>.
Et à tous ceux qui veulent passer nous voir, ou avoir plus de documentation sur le sujet, ou des supports papier, vidéo ou audio à diffuser, n’hésitez pas à nous contacter:
Maison de résistance contre la poubelle nucléaire
2 rue de l’église
55290 Bure
03 39 45 41 77 - <leherissonvengeur(at)gmail. com>

Rédigé par Des antinucléaires de Bure, 09.06.2014, recrutés par ute
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Archipel

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Ausgabe: 226 (05/2014)

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