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CATALOGNE: Un projet politique alternatif squatte la mairie!

Au printemps dernier, «Barcelone en Commun» (BeC), parti issu des mouvements populaires et ayant moins d’un an d’existence, remporte les élections municipales. Ada Colau, la tête de liste et figure du droit au logement, elle-même ancienne squatteuse est élue maire avec une équipe qui s’est formée dans l’effervescence des luttes sociales de ces dernières années. (1ère partie)
Cette candidature est plutôt hors norme dans le paysage politique récent. D’une part, elle s’inscrit dans une tradition de gauche puisqu’elle est soutenue par l’équivalent du parti communiste, des verts et de Podemos, le nouveau parti anti-austérité. Mais d’autre part, elle est imprégnée des pratiques des luttes populaires. Si cette vague de candidatures «citoyennes» a touché la plupart des grandes villes du pays comme Madrid, Saragosse, Valence et de nombreuses autres, le contexte et la candidature de Barcelone sont vraiment particuliers dans ce qu’ils portent et engendrent comme horizon possible. Mais comment une candidature construite en rupture avec les valeurs dominantes du capitalisme a-t-elle pu l’emporter dans une métropole aussi importante? Et maintenant, quelles perspectives s’ouvrent dans ce contexte étrange? Nous présenterons ici quelques pistes de compréhension qui, loin d’être exhaustives, tenteront d’aider à éclairer la situation.
 Une ville chargée d’histoire
Ce nouveau projet politique n’est pas tombé du ciel. Il s’inscrit dans une histoire des luttes de la ville et du pays riche et complexe1. Tout d’abord, il y a, que ça nous plaise ou non, le très particulier contexte national catalan. Sur ce territoire, le «sentiment patriotique» est spécifique puisque pour beaucoup, la Catalogne est une nation sans Etat, une partie importante de la société s’organise ainsi en marge voire contre l’Etat central espagnol. L’interdiction, pendant les près de 40 ans qu’a duré la dictature franquiste, de parler le Catalan et la résistance à cette imposition marquent profondément la culture sociale et politique du pays. De même, il existe une multitude de structures, la plupart du temps basées sur un fonctionnement en assemblée qui, sans être restreintes à un espace politique comme on l’entend traditionnellement, imprègnent l’imaginaire collectif de manière plus diffuse et touchent aussi bien des aspects sociaux, que culturels ou sportifs du pays. C’est un des traits marquants qui, en partie, explique le terreau fertile d’une certaine défiance à l’autoritarisme autant qu’une pratique de l’organisation collective depuis la base.
L’exemple le plus célèbre est celui de la fameuse et puissante organisation anarcho-syndicaliste CNT au début du 20ème siècle. A Barcelone, les anarchistes ont, dans la chaleur de l’été 1936, contribué à poser les bases à la fois de la résistance au fascisme et d’une nouvelle société fondée sur l’autogestion et la coopération. Ce qui reste une référence incontournable dans l’histoire révolutionnaire marque profondément les consciences de manière contradictoire. Il place ainsi au cœur de la mémoire historique la force et la dignité d’un peuple uni et organisé dans la lutte. Mais il est aussi, pour toute une génération, le souvenir traumatique du drame collectif que constitua la défaite des antifascistes.
Dans les années 1970, alors que la dictature franquiste est en déliquescence, les mouvements de libération, qu’ils soient ouvriers, féministes, écologistes, indépendantistes ou de voisin-e-s, sont très actifs, et cela jusqu’aux années 1980. Le processus politique de la «transition démocratique» (ou «transaction démocratique» selon les points de vue) a notamment comme effet de limiter la conflictualité politique en canalisant et intégrant dans les institutions une partie de ces mouvements. Les réfractaires sont sommé-e-s de rentrer dans le rang, de respecter sans critique possible le nouveau pacte social de la démocratie libérale et ainsi d’oublier les perspectives révolutionnaires qui s’étaient ouvertes sur les ruines du régime fasciste.2
Mais la Barcelone rebelle est toujours présente et au milieu des années 1990, la conflictualité sociale revient, notamment autour des squats. L’agitation parfois violente autour des «espaces libérés» rouvre des possibles et imprègne profondément l’imaginaire anticapitaliste du pays. Si le «mouvement d’occupation» s’est parfois refermé sur lui-même, dans un entre-soi militant un peu triste, il a également semé, de par sa créativité, sa détermination et sa diversité, des graines de révolte dans les têtes de toute une génération. C’est autour d’une de ces maisons, Miles de Vivienda, dont l’histoire est en partie retracée dans le film «Squat! la ville est à nous!»3, que plusieurs des personnes qui plus tard lanceront la candidature de Barcelona en Comun se rassemblent et commencent à s’organiser ensemble politiquement.
Et vint la crise
La crise financière de 2008, puis la crise économique, frappent fortement la Catalogne. Les usines ferment pour être délocalisées à un rythme effréné. La construction, moteur de l’économie, s’arrête net. Le chômage grimpe en flèche avec les conséquences sociales que cela implique. Parallèlement, la crise de la dette des Etats provoque des coupes franches dans la santé et l’éducation publique. Les rares mécanismes de rééquilibrage social par l’Etat sont ainsi réduits en miette alors que les banques privées sont sauvées à coups de millions avec l’argent public. Tout ceci accentue encore davantage le sentiment que ce n’est pas une crise mais une énorme arnaque au profit des classes dominantes. Le rêve européen qu’avait laissé supposer l’entrée de l’Etat Espagnol dans l’Union européenne et le pacte social issu de la transition démocratique volent en éclats. Seulement dans la ville de Barcelone, une douzaine de foyers sont expulsés chaque jour depuis le début de la crise et la question du logement devient brûlante. Près de 50 % des moins de 35 ans se retrouve au chômage et l’Espagne, 40 ans après, redevient un pays d’émigration. Les solutions impulsées par la droite comme par la gauche viennent renforcer encore les problèmes sociaux en intensifiant toujours davantage la précarité des conditions de travail.
Une crise institutionnelle ou de légitimité politique vient se rajouter à cela. Les scandales de corruption impliquant tous les partis ayant eu accès au pouvoir ces dernières années font la Une des journaux. Le trio partis politiques/entreprises de BTP/mafia a construit un modèle de développement économique basé sur la spéculation immobilière repoussant à l’extrême les limites de la légalité ou de la morale4. Dans tous les sondages, la classe politique est ainsi considérée comme un des principaux problèmes de société au même titre que le chômage.

1. Voir notamment le livre La lucha por barcelona <http://www.alianzaeditorial.es/cgigeneral/newFichaProducto.pl?obrcod=849385>.
2. Voir le livre CT o la Cultura de la Transición - Crítica a 35 años de cultura española, Debolsillo, Barcelona, 2012.
3. Voir le film Squat, la ville est à nous! <http://www.dailymotion.com/video/xm707x_squat-film-2011-la-bande-annonce_news>.
4. Voir le dessin animé explicatif Españistan la bulle immobilière <https://www.youtube.com/watch?v=Our2rVz5b6c.>.

 

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Dieser Text stammt aus dem Archipel

Ausgabe: 244 (01/2016)

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