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DOSSIER TUNISIE: Entre migration et précarisation Journal d’un voyage à travers cinq villes tunisiennes

Du 25 décembre 2012 au 4 janvier 2013, notre petite délégation des réseaux Afrique-Europe-Interact et Welcome to Europe est repartie sur les routes de Tunisie. L’objectif de cette visite était de renforcer les contacts existants et d’en prendre de nouveaux afin d’évaluer si et dans quelle mesure l’idée, surgie dans le cadre de Boats4People1, d’une caravane d’activistes pour le droit à la libre circulation2 en automne 2013, était réalisable. (2ème partie)
Notre quatrième arrêt est à quelques heures en voiture plus au Sud et se trouve seulement à 40 km de Sidi Bouzid, là où, le 17 décembre 2010, la révolution tunisienne a commencé et avec elle le printemps arabe.


Regueb le 29 décembre 2012


En décembre 2010, Regueb était une des villes où il y a aussitôt eu des manifestations de solidarité, mais qui fut directement confrontée à la répression violente du régime et aux premiers décès. Nous avons rendez-vous avec une «vieille» relation, dont nous avions fait la connaissance durant notre tour d’Allemagne de l’année passée. En tant que représentant de l’UDC3, organisation qui avait joué un rôle décisif lors de la révolution tunisienne, il avait été l’un des principaux orateurs lors du coup d’envoi de Blockupy à Frankfort en mai 20124.
Quand nous lui avons annoncé notre visite et évoqué l’idée du projet caravane, il s’y est tout de suite intéressé. Il a organisé notre rencontre avec 15 activistes de collectifs et d’organisations diverses: syndicats et organisations d’étudiants, parti de gauche Front Populaire, Rouge Attac et secteur culturel critique. Nous nous sommes mutuellement présentés et nous avons parlé du projet caravane à nos interlocuteurs. Ils ont posé des questions très critiques à notre égard et à l’égard de notre projet: pourquoi voulions-nous organiser nos manifestations ici, alors que le problème émane de l’Europe? Le régime des frontières impitoyable et le racisme viennent d’Europe, pourquoi la caravane ne va-t-elle pas là-bas? Comment pouvons-nous développer une coopération à hauteur humaine, vu la différence de richesse entre l’Europe et l’Afrique? La revendication de la libre circulation ne reste-t-elle pas un rêve inaccessible? Le système capitaliste n’est-il pas le vrai problème?
Mais au-delà des nombreuses réserves, il y a eu aussi de l’approbation – nous sommes tombés d’accord sur le fait que le haut niveau de chômage et l’emploi majoritairement précaire en Tunisie devaient aussi être vus à la lumière des rapports Nord-Sud injustes et qu’il existe bien évidemment un droit à la migration. Contre les accords entre l’UE et le gouvernement tunisien pour l’intensification du contrôle des migrations, nous devons nous organiser ensemble et sans cesse faire pression sur nos gouvernements. Pendant cette rencontre, nous n’avons pu que survoler de nombreux thèmes mais vu l’intérêt manifesté par toutes les personnes présentes, nous avons décidé de remettre la discussion au Forum Social Mondial à Tunis, fin mars 2013.
 


Choucha le 31 décembre 2012


Nous nous étions rendus pour la première fois dans ce camp de réfugiés UNHCR (Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations-Unies) près de la frontière libyenne en mai 2011; depuis lors, des contacts réguliers avec les réfugiés et les migrants se sont maintenus et nous avons tenté de relayer leurs revendications et d’informer sur leur blog Voices of Choucha. Quand, à la Saint-Sylvestre, nous avons rencontré huit représentants de diverses communautés dans une tente transformée en café, nous avons été confrontés à un mélange de désespoir et de détermination: outre le millier de réfugiés reconnus par l’UNHCR et qui attendent des places de réinstallation se trouvent à Choucha environ 300 réfugiés supplémentaires qui ne sont pas reconnus par l’UNHCR et n’ont donc aucunes perspectives. Depuis novembre 2012, l’UNHCR a supprimé leurs rations alimentaires et refuse d’assurer les soins médicaux, afin de les forcer à un départ «volontaire» vers leurs pays d’origine. Ces dernières semaines, ces personnes ont tenté d’obtenir la reprise de la procédure les concernant et celle des soins primaires, avec des lettres et des délégations aux responsables à Tunis. Mais à ce jour, l’UNHCR n’avait pas changé d’attitude et de nouvelles manifestations étaient donc en projet. (…)
Postface: le 27 janvier plus de 90 des réfugiés de Choucha se rendaient dans la nuit à Tunis, avec des bus payés avec des donations, et commençaient le lendemain matin des protestations durant cinq jours devant l’UNHCR5.


Tunis le 2 janvier 2013


De retour dans la capitale nous étions invités par des femmes du collectif féministe italien Il Venticinque Undici6, à participer à une assemblée avec des proches parents des harragas (littéralement, les brûleurs de frontière) disparus. Cette collaboration existe depuis 2011: quand, au début de l’été après la révolution, le régime des frontières en vigueur s’était effondré, Frontex et l’Otan avaient progressé dans le canal de Sicile et simultanément plusieurs bateaux avaient disparu. Dans quelques cas individuels, les membres de la famille étaient sûrs d’avoir par la suite reconnu leurs enfants dans les journaux télévisés italiens. Ils n’ont plus confiance dans le gouvernement italien, ni dans leur propre gouvernement, ils ont plutôt commencé à s’organiser en comités. Dans la cour intérieure d’un hôtel, 50 mères, pères, frères et sœurs se sont alors rassemblés afin de débattre comment continuer d’ici.
Les tentatives pour retrouver les disparus, en comparant les empreintes digitales avec tous les migrants enregistrés en Italie, n’ont eu aucun résultat. Un homme nous adresse la parole et nous montre sur son portable un petit film vidéo, sur lequel on voit son fils sur un bateau, agitant la main. Nous n’avons pas tout de suite compris qu’il s’agissait de prises de vues du bateau disparu au large de Lampedusa en septembre 2012. Peu après, nous parlons avec le père d’un homme dont nous avions rencontré la femme à El Fahs7.
Les divers groupes de proches parents semblent de plus en plus former un réseau solide et, ces deux dernières années, ils ont régulièrement organisé des actions de protestations devant les ministères responsables ainsi que, le 18 décembre, la Journée Internationale des Migrants. Ils revendiquent l’abolition du régime des visas de l’UE et critiquent leur propre gouvernement pour sa collaboration avec l’UE. «Nous avons fait la révolution pour la dignité et la démocratie»,  disait la porte-parole d’un groupe de mères de disparus tunisiennes en juillet 2012 à Monastir en Tunisie, durant une assemblée internationale de préparation du Forum Social Mondial. Et en plus: «le gouvernement est passif, nos fils ont fait la révolution, mais nous n’avons toujours pas d’informations quant à leur lieu de séjour. Si la situation ne change pas, il y aura une deuxième révolution».


1. Boats4People a lancé ses premières actions en juillet 2012 entre la Sicile, la Tunisie et l’île de Lampedusa. Les ports d’escale, entre autres, étaient Tunis et Monastir.
2. L’idée d’une caravane pour le droit à la libre circulation a surgi de discussions entre activistes tunisiens et européens en juillet 2012, au moment des actions Boats4People à Monastir en Tunisie. Elle s’inspire de l’expérience de la caravane Afrique-Europe-Interact de Bamako au Forum Social Mondial à Dakar en février 2011.
3. Union des Diplômés Chômeurs.
4. du 16 au 18 mai 2012, un blocage et des manifestations ont eu lieu dans le quartier bancaire de Francfort où se trouve le siège de la Banque Centrale Européenne.
5. <http://voiceofchoucha.wordpress.com>, <http://chouchaprotest.noblogs.org>,
<www.radiozinzine.org>.
Le camp de Choucha, le HCR coupable (avril 2013)
A partir de quelques entretiens réalisés lors du FSM à Tunis, un point sur l’histoire récente du camp de Choucha, une des conséquences de la guerre en Libye, et de l’action néfaste du HCR.
Femmes de Tunisie (avril 2013)
A l’occasion du FSM à Tunis, Yamina de télé Nesma raconte les déboires de la chaîne avec certains islamistes, puis une jeune prof. fait part de sa vie quotidienne, plutôt heureuse ...
Fièvre tunisienne (mars 2013)
La chercheuse Leyla Dakhli donne son point de vue sur la Tunisie en mouvement, avec ses pesanteurs, ses tensions mais aussi sa combativité ‘’démocratique’’ à la base.
Un peu d’underground tunisien (avril 2013)
Rencontre avec trois groupes de rap tunisien
De la biodiversité politique tunisienne (mai 2013)
Entretiens avec différents groupes politiques tunisiens, depuis une militante de l’Union des Diplomés Chômeurs jusqu’à un militant de base du parti Ennadah en passant par Besma, la veuve de Chokri Belaïd...
Tunisie entre art et révolution (mai 2013)
D’abord une interview de Rafik Kilani président de l’association Message de la Kasbah qui a sorti un CD de chants de la révolution tunisienne. Ensuite discussion avec Adel Abassi et Gérard Astor, respectivement auteur et metteur en scène autour d’un projet de partage théâtral entre la France et la Tunisie et du rôle social du théâtre.

Rédigé par Des activistes des réseaux Afrique-Europe-Interact et Welcome to Europe, 10.05.2013, recrutés par ute
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Ausgabe: 215 (04/2013)

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