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Epilogue
martin.admin (non vérifié)

C’était en Union Soviétique, “prison des peuples”; voilà pourquoi les démocraties occidentales répugnaient fortement à utiliser le terme de terrorisme. Un acte d’agression? – oui, sans doute. Mais si c’était le seul moyen d’échapper au joug de l’Etat totalitaire pour retrouver sa liberté et ses droits civiques, sa dignité d’homme indépendant...


Trois décennies plus tard, nous avons l’occasion d’assister à la conclusion de cette vieille histoire, cette fois-ci sur le sol américain.


Début février, dans la petite ville de Santa Monica, en Californie, un certain Albert Biktor Wait, 46 ans, a tué son vieux père, Frank Wait. Un “fait divers”, sans plus, rien qui pourrait attirer l’attention des grands médias. Pourtant, dans cette ville qui abrite une importante communauté lituanienne, nul n’a oublié les véritables noms de ces deux personnages qui avaient fait tant de bruit au début des années 70: Pranas et Alguirdas Brazinskas.


En effet, ce sont eux, Brazinskas père et fils, des armes sous le manteau, qui étaient montés à bord de l’avion An-24 assurant le vol Batoumi-Krasnodar, dans la région du Caucase. Assis au premier rang, derrière la cabine des pilotes, ils appelèrent l’hôtesse pour lui donner l’ordre de changer d’itinéraire et d’aller en Turquie. “Toute désobéissance sera punie de mort”. Leurs fusils à canon court sont déjà posés sur leurs genoux. Brusquement, la jeune fille ouvre la porte et crie à ses camarades: “C’est un attentat! Enfermez-vous de l’intérieur!” Elle tombe aussitôt criblée des balles. Brazinskas-fils qui, à cette époque, n’avait que treize ans, bombe à la main, menace de faire exploser l’avion, tandis que son père a réussi à pénétrer dans la cabine et tire presque à l’aveuglette, à bout portant – les experts ont ramassé 24 cartouches. Le chef-pilote Georgui Tchachrakia est gravement blessé à la colonne vertébrale. Valery Fadeev, le navigateur, crache ses poumons. Un troisième homme, le mécanicien de bord Oganesse Babajan, est blessé lui-aussi. Pourtant, ils réussissent à faire atterrir l’avion à Trabzon, en Turquie. Les 46 passagers ont la vie sauve. Pour une première fois, il n’y avait eu qu’une seule victime du “terrorisme du ciel”, Nadia Kourtchenko, une fille de vingt ans, dont d’innombrables rues et écoles dans notre pays portent désormais le nom.


Depuis trente ans, que de changements dans le monde! Des Etats totalitaires sont tombés, des empires entiers ont volé en éclat, les grandes idéologies d’hier ont été jetées aux orties, et pourtant, le crime de ces premiers pirates de l’air est resté totalement impuni, pour ne pas dire, justifié. Sans le parricide “sous le coup du mauvais sang”, comme disent maintenant les Lituaniens de Santa Monica, sans le choc du 11 septembre, on ne s’interrogerait même pas d’où vient ce “mauvais sang”. Mais le moment est venu.


Comment l’Ouest avait-il accueilli ce cadeau empoisonné de l’ancien ordre mondial?


La Turquie avait refusé l’extradition des Brazinskas vers l’URSS, pour les juger devant ses propres tribunaux. Le père avait été condamné à huit ans de prison, son fils mineur, à deux ans – et cela pour un double crime, le détournement d’avion et l’assassinat de l’hôtesse de l’air! Pourtant, même le fils n’a pas purgé pleinement sa peine, tout les deux ont été amnistiés. Dès ce moment-là, une seule obsession dans leur tête: émigrer aux Etats-Unis. Les Brazinskas se précipitent à l’ambassade américaine d’Ankara, en se présentant comme des dissidents au régime soviétique, mais la formule ne passe pas, l’asile politique est refusé aux assassins. Alors, ils partent au Venezuela, y achètent des billets pour le Canada mais quittent l’avion à New York. Bonjour, la liberté!


Pas si vite: le service d’immigration considère leur séjour aux Etats-Unis comme illégal et demande leur expulsion, tandis que le juge Robert Griffine accepte leur demande d’asile comme conforme à la “Loi sur les réfugiés” de 1980. C’est à ce moment-là que l’opinion publique américaine se divise en deux: pour les uns, les Brazinskas sont des criminels de droit commun, pour les autres, des militants anticommunistes, combattants de première ligne. Santa Monica, quant à elle, s’est alignée dans cette polémique sur la position du juge Griffine. La communauté lituanienne a pesé de tout son poids politique pour défendre ses deux compatriotes. Cette lutte a été mi-gagnée mi-perdue: ni le père ni le fils n’ont jamais obtenu, officiellement, l’asile politique aux Etats-Unis, mais un permis de séjour leur a été néanmoins octroyé. Des centaines de militants d’Al Qaïda aux Etats-Unis, en tout cas avant le 11 septembre, bénéficiaient, semble-t-il, du même statut juridique.


Un détail important: en s’installant définitivement aux Etats-Unis en 1980, Brazinskas père et fils ont vraiment essayé, au début, de se lancer dans la politique. Mais ils ont dû abandonner très vite: la majorité des Lituaniens les considéraient comme des assassins, même si, de temps en temps, ils se sentaient obligés de leur accorder leur “soutien officiel”. Fallait-il ou non payer un tel prix pour être libre dans un “trou social”? Père et fils ont discuté de ce sujet pendant des années. Et voilà, le dénouement inévitable.


 


Alexandre SABOV, Moscou

Rédigé par Alexandre Sabov, 21.04.2002, recrutés par martin.admin
Thème im Archipel 092 (03/2002)
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Archipel

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Ausgabe: 092 (03/2002)

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