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FORET: Biomassacre planétaire

La lutte contre les mégacentrales à biomasse d’E.On à Gardanne et d’Inova à Brignoles se poursuit, avec notamment deux rassemblements importants, organisés par le Collectif SOS Forêt du Sud, qui ont réuni plusieurs centaines de personnes opposées à ces projets.
Le dimanche 5 octobre, nous étions devant la mairie, au plein centre du grand marché hebdomadaire, à Gardanne: des membres des collectifs SOS Forêt de plusieurs départements et des Cévennes, de nombreux élus inquiets pour l’avenir des forêts et de la filière biomasse locale. Le 16 octobre c’était le tour de Florac dans les Cévennes.
Malgré cette opposition, malgré deux recours juridiques déposés contre l’autorisation accordée à E.On, malgré des fortes critiques exprimées par de nombreux experts, syndicats forestiers et élus, E.On poursuit les travaux de mise en œuvre de son projet aberrant. Depuis le 20 août, de nombreux camions chargés de grumes arrivent sur le site.
Forte concurrence sur le marché du bois
La perspective de l’arrivée de ces mégacentrales a déjà provoqué de très fortes tensions sur le marché du bois forestier dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et même bien au-delà. Des démarcheurs de l’usine Fibre Excellence de pâte à papier à Tarascon et d’E.On sillonnent le territoire à la recherche de contrats d’approvisionnement à long terme. Chaque entreprise cherche à constituer un stock de réserve. «Centrales biomasse en PACA: la guerre du bois est déclarée», titrait le Var Matin du 11 août 2014.
«‘C’est une aberration totale’, estime François Lewin, responsable de l’approvisionnement en bois de Fibre Excellence. Il a dû ces jours-ci importer plus de 30.000 tonnes de bois du Venezuela pour pouvoir faire tourner son usine car il ne réussissait pas à en acheter suffisamment en France. Il juge ‘extrêmement perturbant’ les projets de centrales à bois dans la région». (Le Moniteur, 1er août 2014).
«Inlassablement, les grues plongent leurs bras dans les entrailles du Green Season, déchargeant des montagnes de copeaux de bois. Le bateau a navigué 17 jours depuis le Venezuela pour apporter plus de 30.000 tonnes de matière première, vitale pour la papeterie de Tarascon. Des barges vont ensuite remonter le Rhône pour amener la précieuse cargaison à l’usine, l’une des plus grandes de France, située à 60 kilomètres en amont. L’opération est une première en France pour un bateau aussi grand. Un quai du port de Fos a été aménagé spécialement pour recevoir le navire. Une organisation titanesque pour un chargement qui fournira seulement dix jours de production. ‘En février dernier, nous avons dû fermer pendant trois semaines, faute de bois’, explique Alexandre Razgonnikoff, directeur de l’usine. L’arrêt a coûté 3,6 millions d’euros.» (Midi Libre, 1er août 2014).
Résultat: une hausse de prix considérable qui aura des conséquences pour les 220 chaufferies de taille modeste mises en place par des collectivités locales de la région PACA qui pourraient être confrontées à des crises budgétaires dans les années à venir, ayant misé sur un prix plus bas.
Chacun se tourne vers les forêts comme si elles représentaient une ressource inépuisable. «Le bois énergie est même désormais la ‘première source d’énergie renouvelable’ en France, affirmait récemment la ministre de l’Energie, Ségolène Royal, qui prône son développement.»
Il est de plus en plus évident que la «solution» à long terme sera d’importer les énormes quantités de bois requises pour satisfaire l’engouement moderne pour le bois-énergie industriel. Confrontées à la très forte contestation de plus de 400 collectivités locales1, il semble que les autorités françaises tentent de réduire la pression locale en contraignant E.On à augmenter le niveau de ses importations de bois.
C’est déjà le choix d’un pays tel que le Royaume-Uni2. Cela va totalement à l’encontre des déclarations du gouvernement français qui insiste sur l’importance de l’indépendance énergétique. Rappelons que dans son rapport de juillet 2013, La politique de développement des énergies renouvelables, la Cour des Comptes a estimé que «le soutien de la filière biomasse entraîne des conflits d’usage sur la ressource réellement disponible. L’inflation des projets, et surtout de grands projets, ne peut qu’avoir des effets négatifs et déséquilibrer encore davantage les ressources au point d’aboutir à des importations.»
Le résultat est déjà visible: des coupes rases d’une dimension inimaginable dans des pays tels que le Canada. A un tel point que, selon The Ottawa Citizen du 3 septembre 2014, le Canada est devenu le pays avec la plus forte déforestation au monde, dépassant le Brésil et l’Indonésie…
Déforestation et accaparement de terres
L’appétit des mastodontes, comme par exemple E.On, est tel que la menace devient véritablement planétaire. La conséquence en sera bien sûr une accélération de la déforestation, mais aussi une nouvelle vague d’accaparement de terres pour la plantation d’énormes surfaces d’arbres à très courte rotation3. C’est justement sur cette problématique que l’association britannique Biofuelwatch vient de publier un rapport, «Les liens entre l’accaparement des terres du Sud et la politique européenne en matière de biomasse»4.
«Actuellement la plupart du bois importé de pays hors-Europe pour répondre aux besoins bioénergétiques provient du sud des Etats-Unis, du Canada ou de Russie. Cependant, des ONG, des analystes de l’industrie et des décideurs politiques prévoient qu’à l’avenir, les pays d’Amérique du Sud et d’Afrique sont appelés à devenir des fournisseurs majeurs de granulés et de copeaux de bois pour la bioénergie européenne. L’accroissement des importations de biomasse de l’UE pourrait provoquer un accaparement à grande échelle des terres des pays du Sud comme cela a été le cas avec la politique européenne relative aux biocarburants. L’accaparement des terres à très grande échelle – six millions d’hectares rien qu’en Afrique selon Action Aid – pour fournir des biocarburants à l’UE est une réalité.»
Grave menace pour la santé publique
Grâce à nos amis britanniques et américains de Biofuelwatch, nous avons également découvert à quel point les mégacentrales à biomasse représentaient une très grave menace pour la santé publique à cause de leurs émissions de particules fines, de dioxines, de poussières de bois…5
Les recherches de Biofuelwatch montrent que les centrales électriques utilisant la biomasse au Royaume-Uni, existantes ou en projet, sont situées principalement dans des régions particulièrement défavorisées. Le mauvais état de santé existant dans les populations pauvres de ces lieux socialement défavorisés sera aggravé par  l’augmentation de la pollution de l’air due à ces centrales. Des catégories de population vulnérables encourent un risque plus élevé. Les bébés, les enfants, les personnes âgées, les personnes présentant des problèmes de santé sous-jacents tels que l’asthme ou des maladies cardiaques, sont particulièrement vulnérables.
Des preuves détaillées de l’effet sur la santé de différents polluants atmosphériques ont été publiées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Des études récentes suggèrent que la pollution atmosphérique peut être responsable d’une plus large série d’effets sur la santé, dont des difficultés cognitives, des troubles de la mémoire, la dépression, les risques de démence, l’autisme et la schizophrénie. La poussière de bois est un cancérigène connu, selon le Centre international de recherche sur le cancer de l’OMS et l’exposition à ces poussières est également associée à une série d’autres risques pour la santé.
Des habitants vivant près de certaines centrales à biomasse ont fait part de nuisances sonores permanentes. Autre problème: l’auto- inflammation des plaquettes de bois et des granulés, les feux et explosions dus à la poussière de bois sont de grands risques pour la sécurité partout où sont manipulées de grandes quantités de plaquettes de bois ou de granulés. Entre 2008 et 2012, au moins 76 accidents avec feu ou explosion de poussière liés à des granulés – dont certains mortels – ont été rapportés par les médias dans le monde.
Au Royaume-Uni, par exemple, des trois centrales de production d’énergie au charbon partiellement ou complètement converties à la biomasse, deux ont subi par la suite des feux de grande ampleur.
La question de l’impact sur la santé des centrales à biomasse est prise très au sérieux aux Etats-Unis où une audition d’experts a été organisée sur ce sujet au Congrès américain en septembre 2012.
L’expérience écossaise
Selon le journal écossais The Courier du 29 octobre 2014, «Les personnes vivant dans l’ombre de la centrale électrique à biomasse de 65mw à Markinch (Ecosse) affirment qu’elle a un impact intolérable sur leur santé et sur l’environnement. Les riverains se plaignent du bruit excessif, de la pollution causée par le fort éclairage et des émissions de l’incinérateur. Les opposants disent que le stockage d’immenses tas de plaquettes de bois destinées à alimenter la centrale est en train de provoquer des nuages de poussière.»
L’unité de déchiquetage du bois destiné à cette centrale est située à 20 km de Markinch. Un certain nombre de riverains se sont plaints de particules de plaquettes de bois amenées de cette unité par le vent sur leur maison et dans leur jardin. «Nous devons constamment laver nos voitures et nos fenêtres et lorsque le vent apporte la poussière, nous ne pouvons pas nous asseoir dehors dans le jardin. Au-delà de l’aspect de nuisance causée par ce problème, nous avons également de sérieux soucis de santé. Nous examinons actuellement des études de cas dans différentes régions du Royaume-Uni et à l’étranger parce qu’il y a de plus en plus d’indices que la poussière provoquée par le déchiquetage du bois peut affecter la santé des gens.» Selon Heather Kane, «la poussière est plus grave les jours de vent. L’autre jour, ça donnait l’impression qu’il neigeait. Cela ne peut pas être bon pour des gens qui ont de l’asthme.»
Dans son édition du 24 août 2014, le quotidien britannique, Daily Express, a également alerté ses lecteurs sur le danger des poussières de bois qui, l’article le rappelle, sont classées dans le premier groupe de produits cancérigènes par l’OMS depuis 1995.
Rappelons que l’unité de déchiquetage pour la centrale d’E.On à Gardanne se trouve sur le site même, donc dans une zone fortement peuplée. Les premiers essais de déchiquetage de bois ont commencé début novembre et des riverains ont déjà observé l’arrivée d’une couche de poussière qui couvre leur maison, jardin, piscine…


Pour plus d’information, consulter le site: <sosforetdusud.wordpress.com>
1. La dernière motion en date a été votée par le Conseil général des Alpes-de-Haute-Provence en octobre 2014.
2. Voir Archipel No227,  juin 2014.
3. Dans ce marché, les arbres génétiquement modifiés vont jouer un rôle important. Voir par exemple le Courrier International du 12 décembre 2012, ou <www.infogm.org/-ogm-les-arbres-transgeniques>.
4. <www.biofuelwatch.co.uk>.
5. «Combustion du bois dans les centrales électriques: Impacts sur la santé publique» publié en septembre 2014.

Rédigé par Nicholas Bell Radio Zinzine, 22.12.2014, recrutés par ute
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Archipel

Dieser Text stammt aus dem Archipel

Ausgabe: 232 (12/2014)

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