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France :Alliance anti-Agrexco

Une vaste coalition* s’est formée contre la décision de la région Languedoc-Roussillon (LR) de faire venir l’entreprise israélienne d’exportation Agrexco à Sète. 70% de ses produits agricoles proviennent des colonies implantées dans les territoires palestiniens. D’autre part, l’arrivée d’Agrexco à Sète porterait un coup fatal à de nombreuses exploitations agricoles locales.


C’est en pleine guerre contre la population de Gaza en janvier dernier que Georges Frêche, président de la région LR, a annoncé, à grand renfort de promesses d’emplois et de subventions, l’implantation dans le port de Sète d’Agrexco, exportatrice de fruits, légumes et fleurs1. Cette opération fait partie d’un plan d’investissement de 200 millions d’euros sur dix ans qui aurait comme conséquence 200 emplois et 500.000 tonnes de trafic supplémentaire. Le 5 mai, Georges Frêche a déclaré au «Midi Libre» vouloir faire d’«Israël un nouvel allié commercial pour la région». Agrexco pourrait traiter à Sète 200.000 tonnes par an de fruits et légumes.En arguant de la redynamisation du port de Sète, Frêche espérait museler toute opposition au choix d’Agrexco, mais l’annonce de ce projet construit dans l’opacité la plus totale a déclenché un tollé. Agrexco n’est pas n’importe qui: c’est le principal instrument de la politique de colonisation de l’Etat israélien dans l’agriculture. L’entreprise est directement liée au ministère de l’Agriculture qui la contrôle à 50%. Lors d’un procès en Grande-Bretagne en 2006, le directeur-général d’Agrexco au Royaume-Uni, Amos Orr, a dû admettre que l’entreprise exportait entre 60 et 70% des productions cultivées dans les colonies illégales des Territoires Occupés. Ses exportations proviennent notamment des colonies de la vallée du Jourdain où 7.000 colons se sont appropriés 95 % des terres et contrôlent 98 % de l’eau, réduisant à la misère ou à l’exil les paysans palestiniens de ces zones. Plusieurs dizaines de colonies ont été créées dans cette vallée depuis 2005. Un ordre militaire de 2005 interdit aux Palestiniens de Cisjordanie d’y accéder sans autorisation. Des barrières électriques ont été installées autour des sources d’eau. Le salaire journalier de la main-d’œuvre palestinienne est de 40 à 50 shekel (7 à 9 euros), sans contrat de travail. Les ouvriers sont logés dans des abris en plastique.  L’entreprise possède des usines d’emballage dans plusieurs colonies de la vallée du Jourdain2. Agrexco exporte les fruits et légumes des colonies sous l’étiquette «produit d’Israël», ce qui est contre le droit international et constitue une entorse aux accords avec l’Union Européenne3.


La Coalition contre Agrexco 


Un mouvement de mobilisation s’est rapidement constitué contre ce projet du conseil régional LR. Lancée le 23 mai 2009, la Coalition contre Agrexco compte aujourd’hui plus d’une centaine de membres: organisations engagées nationalement (5 partis, 2 syndicats et 13 associations), associations locales de soutien à la Palestine, associations musulmanes et associations locales diverses. La Coalition a reçu le soutien enthousiaste du Comité national du BDS palestinien4 et du centre israélo-palestinien Alternative Information Center (AIC). Quatre membres de la Coalition contre Agrexco se sont rendus en Palestine en juillet où ils ont pu visiter des exploitations agricoles et des usines de conditionnement dans la vallée du Jourdain. Selon Jean-Paul Nunez de la Cimade, «nous avons maintenant les preuves de ce que nous affirmons. Nous allons donc nous appuyer sur ce qui a été fait au Royaume-Uni. Nous avons deux possibilités: saisir la Cour de Justice des Communautés européennes car cela pose un problème juridique que d’accepter des produits qui viennent des territoires occupés. Ou attaquer en droit interne français, mais la question se pose alors de savoir qui attaquer: GF Group?5 Le Languedoc Roussillon? L’Etat?» C’est une évidence de «l’après-Gaza»: les habitants des quartiers populaires, dont de nombreux Français musulmans qui s’étaient massivement opposés à la guerre contre Gaza, sont désormais une composante pérenne, en nombre, jeune et combative du mouvement de solidarité avec la Palestine. Cette solidarité s’exprimait jusque-là de façon sporadique, émotive et par identification. Cette composante a trouvé dans les objectifs et les actions de la campagne BDS les pleines modalités de son expression, et joue un rôle très actif dans la Coalition. Il est apparu inacceptable, au prétexte d’un sinistre économique, de signer des contrats commerciaux avec des opérateurs volant les terres des paysans palestiniens, les réduisant à l’exil ou à la servitude sur leurs propres champs. Qu’au nom d’une conception de l’emploi dictée par la seule croissance et la compétition internationale, on puisse s’exonérer de morale politique. Il est également apparu qu’il y a un fort lien avec des problèmes locaux engendrés par cette économie sauvage. Dans un communiqué du 22 juin 2009, la Confédération paysanne déclarait: «Agrexco à Sète? La fin des paysans programmée!»  Enfin, nous pouvons sortir du mode de solidarité traditionnel cloisonné qui rassemble «ici» pour un soutien «là-bas», et ainsi élargir le front de la simple solidarité exogène en travaillant concrètement «ici», localement, à l’émergence d’une autre vision politique de l’économie et des échanges. Il est rare de pouvoir fédérer aussi largement sur un dossier difficile. Sa transversalité le permet. De là découle une forme d’organisation «horizontale». Bien que initiée par le mouvement de solidarité avec la Palestine, elle offre plusieurs autres portes d’entrée: respect des droits humains et du droit international, avenir des paysans dans le monde, emploi local sur le port et emploi régional des paysans, sécurité alimentaire, nature des échanges commerciaux, non-violence, environnement, écologie, commerce éthique… Cette alliance basée sur le pari d’une possible synergie des convergences impose aussi des exigences. Celles de la pédagogie, de la compréhension mutuelle, du respect des motivations et des «portes d’entrées» de chacun; et celles de la prise d’initiatives multiples et décentralisées qui, prenant pour base l’Appel de la Coalition, sauront l’adapter aux réalités locales en fonction des forces locales.


Les paysans menacés 


Les importations subventionnées et massives de ces fleurs, fruits et légumes, destinés au marché local et européen vont contribuer à accélérer la disparition de centaines d’exploitations de petits maraîchers et arboriculteurs languedociens et européens, pour cause de concurrence déloyale. Alors qu’au sud de la France, des dizaines de milliers d’hectares de terre se libèrent, où s’arrachent des vignes (25% du vignoble languedocien est éradiqué depuis trois ans pour cause de baisse continue du prix du vin) et que de nombreuses exploitations arboricoles font faillite aussi, il semblerait logique de travailler à la reconstruction d’une économie agricole régionale ancrée sur ces terres libérées où peuvent s’opérer des reconversions. Une économie agricole basée sur la proximité et une éthique commerciale. L’activité agricole de la région LR productrice traditionnelle de fruits et légumes est aujourd’hui sinistrée. Cette situation de déprise et de disparition des paysans est due à l’industrialisation de l’agriculture, l’abandon des règles de régulation du marché et la main mise de l’industrie agro-alimentaire sur les échanges et les accords commerciaux. Dans la politique agricole européenne soumise à l’OMC tout est fait pour organiser la disparition des paysans et l’augmentation des profits des entreprises de négoce international. Il est en effet important pour le capital d’organiser le risque de pénurie alimentaire locale afin de justifier ses investissements et l’agressivité commerciale (dumping, subventions à l’exportation, vols de terre, conditions sociales calamiteuses…).  Nous sommes engagés aujourd’hui dans une bagarre collective, où convergent de nombreux soucis qui vont de la nécessaire relocalisation de l’économie à la création de multiples emplois paysans qui seront capables de nourrir la population locale. C’est à cela d’abord que doit servir l’argent public. Et puis, si nous voulons vraiment consommer des fruits «exotiques», rien n’oblige à signer des contrats avec un état colonial…Comme l’Appel de la Coalition souligne, puisque le président de Région a annoncé un plan d’investissement de 200 millions d’euros sur 10 ans, il ne fait aucun doute qu’il soit possible de mettre en place d’autres projets alternatifs. Des projets réellement créateurs d’emplois pour le port de Sète, en synergie avec un autre type de développement régional, tant au plan agricole qu’en termes d’infrastructure et qui seraient conformes à l’éthique et aux valeurs des droits humains.


Que fleurissent des Coalitions contre Agrexco 


Si la première Coalition est née dans le sud de la France, pour d’évidentes raisons de proximité, il n’est pas dans la philosophie des coalisés de s’en tenir au simple refus de l’implantation de cette société coloniale dans cette seule région. Au contraire… Déjà, est née au début d’octobre une coalition contre Agrexco en Italie (à Savona), où est basé le siège social de l’opérateur portuaire GF Group. D’autres sont en gestation. C’est par la multiplication d’initiatives locales ou régionales décentralisées que pourra être menée une campagne d’ampleur européenne capable de mettre fin aux visées exportatrices de cette multinationale colonialiste et aux projets de ses relais politiques locaux.Ismail Daiq, ministre de l’Agriculture de l’Autorité palestinienne, a lancé un avertissement clair à la délégation de membres de la Coalition en juillet: «Je tiens à dire que toute production en provenance des colonies via des sociétés israéliennes, comme Agrexco ou autres, encourage les colons à poursuivre les violations des droits humains, les agressions, les assassinats et les destructions. Tout soutien à ces gens est un soutien apporté à la violation des droits des Palestiniens».


 * Pour plus d’infos, y compris le texte de l’appel, voir coalitioncontreagrexo.com


1. Les produits d’Agrexco sont exportés partout en Europe sous diverses marques: Carmel Ecofresh, Carmel Biotop, Jordan River, Jaffa, Alesia et Coral. 2. Les colonies de Mekhora, Mehola, Argaman, Ro’I, Hamra, Gaddid et Bet Ha Arava.


3. Selon ces accords de libre échange, seuls les produits qui proviennent de l’Etat d’Israël dans ses frontières d’avant 1967 peuvent bénéficier d’exemptions de droits de douanes. 4. La campagne BDS a été lancée en juillet 2005 par 172 organisations représentatives de toutes les composantes du peuple palestinien – réfugiés, Palestiniens sous occupation et Palestiniens d’Israël. Elle a trois axes: le Boycott (des produits israéliens), le Désinvestissement (pas d’argent public contre le peuple palestinien) et les Sanctions (refus de la politique israélienne). 5. Ce groupe italien a remporté l’appel d’offres pour l’exploitation d’un terminal fruitier au «Port Sud de France», nouveau nom donné par Georges Frêche au port de Sète.


 

Rédigé par Nicolas Duntze(Confédération paysanne du Gard), 22.01.2010, recrutés par ute
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Dieser Text stammt aus dem Archipel

Ausgabe: 176 (11/2009)

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