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MALI: La Marche blanche

La caravane pour la paix, préparée depuis des mois par des citoyen-ne-s du Mali sous le nom de Marche blanche pour tenter de contrecarrer les confrontations belliqueuses en cours, persévère dans sa tentative de renouer le dialogue. La route que devait emprunter la Marche a été interdite par les militaires français. La Marche est donc reportée, mais pas annulée pour autant: les activistes, pris en sandwich entre les milices islamistes et une intervention néocoloniale, font tout pour éviter que le Mali ne vive la même situation que connaissent aujourd’hui l’Afghanistan ou la Somalie.
Le projet est impressionnant: 5.000 personnes prendront la route pour une marche pacifique de plusieurs jours allant de Mopti à Douentza – c’est-à-dire de la dernière ville non occupée par les milices islamistes dans le nord du Mali, à la première qu’ils ont occupée. Les initiateurs de la section malienne d’Afrique-Europe-Interact entendent, avec cette Marche blanche, refuser formellement l’intervention militaire lancée par l’ECOWAS (Commission économique des Etats d’Afrique de l’Ouest), l’Union européenne et une partie du gouvernement malien – même si l’offensive lancée le 9 janvier par les forces islamistes en direction du sud du pays a considérablement augmenté la pression politique sur un tel projet pacifique. La Marche coûtera au bas mot 40.000 euros (sans compter les dépenses individuelles), somme qui couvrira notamment l’importante logistique nécessaire en zone désertique ainsi que le ravitaillement et le transport. Au moins la moitié de ce montant doit être récolté en Europe.
Après l’échec de nombreuses interventions, en particulier en Afghanistan et en Somalie, ce projet d’une solution basée sur le dialogue pourrait également se poser en réelle alternative phare à la «guerre contre la terreur» présentée en particulier en «Occident» comme l’unique voie possible.


Le contexte du conflit


Depuis fin juin 2012, la totalité du nord-Mali est contrôlée par trois milices islamistes – Ansar Dine, Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb) et MUJAO. En janvier 2012 avait débuté une rébellion de la nouvelle organisation touareg MNLA tandis que le 22 mars 2012, le putsch contre le président de longue date Amadou Toumani Touré était accueilli avec enthousiasme par une grande partie de la population malienne. Les conséquences de cette crise multiple sont dramatiques: tout d’abord, près de 500.000 personnes ont dû fuir depuis le début du conflit, certains vers les pays voisins, d’autres vers le sud du Mali. Ensuite, la situation alimentaire du pays, déjà tendue par le passé, s’est nettement détériorée: on dénombre actuellement près de 4,6 millions de personnes au Mali menacées par la faim tandis que le PAM (Programme Alimentaire Mondial) ne touche que 360.000 personnes dans le Sud et 146.000 dans le Nord. Par ailleurs dans le nord du pays, un régime brutal basé sur la charia, unanimement rejeté par la population et ayant des conséquences catastrophiques en particulier pour les filles et les femmes, vient de s’imposer. Enfin, l’économie entière d’un pays déjà très pauvre, ou plutôt appauvri, est gravement touchée – entre autres parce qu’à la suite du putsch, les riches pays industriels ont suspendu leur «aide au développement». Ainsi, dans la seule ville de Bamako, 20% des usines ont mis la clé sous la porte et 60% ont procédé à des licenciements au cours de l’année passée. Au total, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont perdu leur emploi alors que les prix des combustibles, du gaz et des biens d’usage quotidien ont littéralement explosé, dans certains cas même doublé.
Face à ce constat, il est facile de comprendre pourquoi les initiateurs-trice-s de la marche refusent clairement une solution militaire au Nord: la guerre ne ferait qu’occasionner des souffrances supplémentaires à la population civile. Les représentants d’organisations proches des Nations-Unies estiment qu’un conflit militaire dans le nord du Mali jetterait 700.000 réfugié-e-s de plus sur les routes – raison pour laquelle l’Algérie a décidé, de manière tout à fait cynique, d’ériger une clôture high-tech d’un milliard et demi d’euros en plein milieu du désert, à la frontière avec le Mali. Il faut ajouter à cela l’inquiétude suscitée par une guerre qui se transforme en guérilla sans fin, avec des attaques terroristes dans le sud du pays, surtout dans une métropole d’un million d’habitants telle que Bamako.
L’expérience a montré dans des situations comparables telles qu’en Afghanistan, Somalie, Irak ou au Nigeria que les mouvements islamistes sortent le plus souvent renforcés des affrontements armés. En effet, dès que l’on déplore des victimes civiles, on assiste à de forts effets de solidarisation et de polarisation au sein de la population.
Pour ce qui est du dialogue, il était question jusqu’à début janvier de négociations entreprises entre le gouvernement malien, Ansar Dine et l’organisation touareg MNLA, au Burkina Faso et en Algérie. En effet, contrairement à Aqmi et MUJAO, Ansar Dine est composé en grande majorité de combattants maliens dont beaucoup sont Touaregs. Ansar Dine a été créé par l’ancien leader touareg Iyad Ag Ghaly (il n’avait pas encore à l’époque une telle orientation islamiste), une figure centrale de la vie politique malienne depuis plusieurs décennies. Ainsi l’idée était d’éloigner à court et moyen terme Ansar Dine d’Aqmi et MUJAO afin d’isoler ces derniers politiquement et militairement. Une première étape aurait consisté ensuite à les repousser à nouveau vers l’extrême nord du pays, région dans laquelle ils participent activement au trafic transsaharien (entre autres cocaïne et cigarettes) depuis de nombreuses années.


Une guerre de facto


Cet espoir partagé par une large frange de la population malienne s’est cependant envolé le 3 janvier dernier, avec un coup de théâtre, Ansar Dine annonçant qu’il ne négocierait finalement pas et se rangerait aux côtés d’Aqmi et de MUJAO dans la lutte armée contre l’armée malienne et contre l’intervention de soldats français au niveau de la ligne de démarcation sud.
Dans ce contexte, il n’est guère surprenant que la marche blanche soit chamboulée – non seulement parce que la guerre est maintenant en marche mais aussi parce que sa popularité s’est accrue au sein de la population. Et pourtant, les initiateur-trice-s de la marche blanche continuent à s’engager en faveur d’une solution au conflit basée sur le dialogue. En effet, les prochains jours et semaines vont montrer encore une fois qu’à long terme, ce n’est pas par les armes qu’on peut combattre les islamistes radicaux.
Deux objectifs principaux doivent donc être au cœur de la marche: d’une part, le soutien politique et moral à la résistance civile qui s’organise dans le Nord face à la terreur quotidienne instaurée par les islamistes – que ce soit par le biais de manifestations de filles et de femmes nues, de rassemblements massifs de jeunes ou de prises de position de notables locaux. D’autre part, l’ébauche de négociations avec les courants relativement modérés du camp islamiste est absolument nécessaire (également au-delà d’acteurs politiques tels qu’Ansar Dine ou le MNLA).
Il ne faut pas oublier qu’ en 1996 au Mali, ce sont des acteurs de la société civile qui avaient mis fin à la guerre civile opposant l’armée malienne à la rébellion touareg avec une action de destruction des armes par le feu à Tombouctou, restée célèbre sous le nom de «flamme de la paix».


Les revendications


Non moins précises sont les revendications internes de la marche blanche – quels que soient les acteurs qui prendront part au dialogue. D’abord, le rejet catégorique et sans concessions de la charia.
Ensuite, le refus que de nouvelles frontières soient érigées, ce qui est justement en train de se produire suite à l’occupation du nord du pays.
Enfin, le refus de l’accaparement (néocolonial) des terres qui symbolise dans les faits la séparation actuelle du Nord: le nord du Mali, loin d’être juste un espace désertique et poussiéreux, est avant tout un territoire géostratégique très disputé, riche en ressources naturelles telles que l’uranium, le pétrole et les terres rares.
En outre, la marche blanche réclame une entente réelle et durable avec les Touaregs du nord du pays – pas seulement parce que le MNLA est impliqué dans les négociations mais également parce que les Touaregs islamistes gravitant autour d’Ansar Dine ont un fort intérêt à un tel accord de paix.
Enfin, il faut bien noter que la population malienne considère une solution basée sur le dialogue avec bien plus de sympathie que ce que nos médias relayent – même si le moral général a changé de manière nette ces derniers jours. Car, il y a d’un côté le souhait incontestable que quelque chose se passe enfin, y compris une intervention militaire de l’armée malienne (laquelle, tout le monde le sait, ne serait pas en mesure de lancer une telle intervention toute seule), revendication formulée de toutes parts. De l’autre côté, une part importante de la population redoute une escalade de la guerre et les répercutions que celle-ci aurait sur l’ensemble du pays. De plus, beaucoup craignent également qu’un stationnement des troupes ECOWAS soit instrumentalisé par une partie de l’ancienne élite politique, celle-ci tentant de revenir sur les réaménagements démocratiques mis en place après le putsch.
En Europe, les médias ne rendent pratiquement pas – voire pas du tout – compte de cette ambivalence et citent exclusivement des partisan-e-s d’une intervention que l’on trouve très facilement – aujourd’hui plus que jamais.


Les femmes ont bon dos!


Il n’est donc pas non plus surprenant que l’appel «Femmes du Mali, dites NON aux partisans de la guerre!» lancé par Aminata Traoré, célèbre altermondialiste et ancienne ministre de la culture malienne, n’ait trouvé que très peu d’écho ici. Dans cet appel (consultable sur notre site internet) signé par de nombreuses défenseuses des droits des femmes, le fait qu’une fois de plus, une guerre contre les terroristes islamistes soit menée au nom des femmes est dénoncé énergiquement. Car, comme l’expose clairement l’appel, en temps de guerre, ce sont toujours les femmes qui se retrouvent en première ligne pour porter le poids des souffrances.


Dons pour la Marche blanche


Nom: Globale Gerechtigkeit e.V.
Numéro de compte: 2032 237 300
Banque: GLS Gemeinschaftsbank
IBAN: DE67 4306 0967 2032 2373 00
BIC: GENODEM1GLS
Intitulé: marche blanche
Les dons adressés à Afrique-Europe-Interact sont déductibles d’impôts. De plus, les donateurs/donatrices recevront régulièrement les nouveaux outils d’information de notre réseau: des films, des brochures ou encore des journaux (si vous mentionnez votre adresse postale). Pour plus d’infos et d’analyses sur le contexte
<www.afrique-europe-interact.net>.

Rédigé par Afrique-Europe-Interact Janvier 2013, 23.03.2013, recrutés par ute
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Archipel

Dieser Text stammt aus dem Archipel

Ausgabe: 212 (02/2013)

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