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MEXIQUE: Par monts et par vaux, en bas et à gauche

L’EZLN a convoqué fin 2014 le premier festival mondial des résistances et rébellions contre le capitalisme (voir Archipel 233). Récit par nos envoyés spéciaux … (1ère partie)
Cette initiative est une nouvelle tentative des zapatistes de s’ouvrir au-delà des secteurs indigènes tout en réaffirmant avec détermination la nécessité de l’union des forces regroupées au sein du Congrès National Indigène (CNI). La modernisation du capitalisme en capitalisme d’extraction entraîne d’énormes projets d’infrastructures dans le monde et donc aussi au Mexique. Les terres, entre autres indigènes, sont menacées par de tels projets. Comment unir les forces? Comment s’organiser? Comment faire face à la répression brutale et arbitraire? Quelles solidarités construire? Voici quelques-unes des questions soulevées dès le départ par ce Festival, avant que l’ignominie des morts et disparus d’Ayotzinapa n’influe sur le fond et sur la forme de cette rencontre.
Contexte général
Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est nécessaire de contextualiser ce festival dans l’actualité zapatiste, mais aussi mexicaine.
Au printemps 2014, les zapatistes ont subi une attaque paramilitaire au caracol de la Realidad, attaque qui a fait un mort, le compa Galeano. A la suite de cet événement, l’EZLN a «détruit» son icône médiatique, le sous-commandant insurgé Marcos. Au-delà du symbole de la disparition du porte-parole officiel, métis et hautement médiatisé de l’EZLN, le remplacement de Marcos par le Sous-commandant insurgé Moises marque une cristallisation de l’identité indigène de la commandance zapatiste. L’importance de se (re)centrer sur cette identité indigène s’est vue aussi en août 2014, lors de la semaine de compartición (rencontres d’échanges) organisée entre les zapatistes et le Congrès National Indigène. Le CNI est un espace politique plus ou moins formel ouvert à l’initiative des zapatistes lors des négociations avec le gouvernement qui devaient aboutir aux accords de San Andrés de Larráinzar sur les droits et cultures indigènes. Accords signés en 1996 et jamais appliqués par les gouvernements successifs.
Le CNI intègre quasiment toutes les différentes ethnies en lutte contre le capitalisme et ses promoteurs: partis politiques ou narcotrafiquants, qui souvent ont des liens de consanguinité importants. Cet espace, distinct et autonome de tous partis, mais aussi de l’EZLN, tente de fédérer les différentes luttes et de défendre les prisonnier-e-s qui en sont issus, en se basant souvent pour son organisation sur les «us et coutumes» (usos y costumbres) des peuples originels. Cette forme d’organisation de la vie des communautés est théoriquement reconnue dans la constitution mexicaine mais évidemment, comme on verra plus loin, souvent bafouée.
Néanmoins, les zapatistes savent très bien qu’unir un front indigène, si nécessaire que ce soit, n’est pas suffisant. C’est pourquoi, après les rencontres d’août 2014 a surgi l’invitation pour le 1er Festival mondial des résistances et rébellions contre le capitalisme, du 21 décembre au 3 janvier 2015. L’invitation, lancée conjointement avec le CNI, était destinée aux adhérent-e-s nationaux et internationaux de la 6ème déclaration de la jungle Lacandone. La sexta, comme on dit entre initié-e-s, était la énième tentative lancée en 2006 par les zapatistes pour s’ouvrir aux secteurs non-indigènes de la société et aux secteurs internationaux en lutte contre le capitalisme, en bas et à gauche1. Une des particularités de la sexta est la volonté de sortir du calendrier de ceux d’en haut ainsi que le refus des partis politiques et de la voie électorale comme stratégie de changement social. Ce refus a, pendant un temps, coupé le mouvement zapatiste de possibles soutiens de gauche toujours dans la croyance électoraliste.
Mais nous sommes loin de 2006 et la situation au Mexique a beaucoup évolué depuis cette initiative. Le refus des partis, tous en collusion avec les narcos à un niveau ou à un autre, est beaucoup plus partagé dans les organisations, collectifs et luttes, mais aussi au sein de la société mexicaine en général.
Ayotzinapa
L’organisation du Festival a réactivé la sexta nationale, plutôt atone depuis quelques années. Et elle se déroulait dans le moment de mobilisation  pour Ayotzinapa.
Le 26 septembre 2014, dans l’Etat du Guerrero, 6 personnes (dont 3 étudiants) sont tuées et 43 élèves de l’école normale rurale2 Raùl Isidro Burgos d’Ayotzinapa sont enlevés, et toujours portés disparus à ce jour. Les premières versions officielles affirment que les policiers municipaux étaient les premiers responsables, que ceux-ci avaient livré les étudiants au cartel des «guerriers unis» et que tous agissaient sous les ordres du maire d’Iguala (du PRD, parti dit de gôche)3.
L’horreur de ces actes alliée à la dignité et à la clarté politique des familles et ami-e-s des disparus a réveillé la société mexicaine. Le réveil est brutal: tout le monde connaît l’importance des cartels et du narcotrafic mais Ayotzinapa est la preuve que le Mexique s’est transformé en narco-Etat, toutes institutions, tous partis politiques confondus. On s’imagine souvent que les narcos se concentrent sur le trafic de drogue. Or, ils sont impliqués dans nombre de trafics (armes, organes, migrant-e-s, traite des blanches…) mais sont aussi les têtes de pont de la modernisation capitaliste car, par leurs politiques de terreur, ils forcent les gens à fuir et abandonner leurs terres aux grands projets d’infrastructure. Il semblerait que le capitalisme n’ait plus besoin de la paix sociale pour se développer. Il crée le chaos pour s’approprier les vies et les territoires.
Une semaine environ avant le début du festival, l’EZLN a annoncé que les zapatistes ne seraient pas présent-e-s en tant que zapatistes dans le Festival4. Il-le-s préféraient laisser la place d’honneur aux parents et ami-e-s des disparus.
Le Festival
L’invitation au Festival nous a touchés car nous sentions bien que la force des mouvements mexicains pouvait nous inspirer et enrichir, sans compter que les multinationales à l’origine des projets sont souvent issues de notre monde, l’Europe occidentale.
Avant le début du Festival prévu le 21 décembre, il a fallu s’inscrire. L’organisation de cet événement pour l’accueil des participant-e-s a demandé un cadre assez bureaucratique, aussi bien au niveau des inscriptions que pour la gestion des transports et pas seulement, mais commençons par là.
Dans notre cas nous nous sommes inscrits sur Internet, Nom, Prénoms,… Quelles routes souhaiterions-nous emprunter? On nous proposait 4 ruta, 4 chemins sillonnant le sud du pays, organisés en convoi, sur deux temps. Nous en avons choisi deux, les plus longues qui nous permettaient de découvrir et rencontrer le plus d’endroits et de personnes possibles. Nous ne sommes pas venus pour nous reposer et nous en avons bien fait les frais…
Arrivés au D.F. (Distrito Federal), Mexico City et ses banlieues, nous étions conviés à passer au Rincón Zapatista. Un espace politique, culturel, de vente, qui génère des ressources pour l’EZLN et où se distribuent des produits et du matériel d’information.
Là, C., grande organisatrice de caravanes depuis la nuit des luttes, nous attendait en compagnie d’autres personnes, visages découverts.
Nous avons joint à notre inscription aux différentes routes 2 photocopies de passeport qui nous assureraient un passage plus rapide en cas de contrôle des agents de l’Etat ou de l’armée. On nous promettait la vue d’animaux sauvages sur les routes du Campeche et ce sont seulement ces chiens de l’Etat que nous avons croisés. Chaque étape de la caravane s’est déroulée dans des endroits de luttes, en confrontation directe avec l’Etat, des entreprises et leurs sbires.


 1. <http://cspcl.ouvaton.org/spip.php?article204>
2. Les écoles normales sont une des réalisations du Président Lazaro Cardenas, dans les années 1930. Elles ont pour but de former des élèves indigènes pour qu’ils deviennent maîtres et ainsi développent leurs communautés. Souvent très pauvres et exclusivement indigènes les élèves des écoles normales sont très politisés, actifs mais aussi très impliqués dans les développements qu’ils peuvent apporter à leurs communautés. Les écoles normales ont la particularité aussi de mélanger apprentissage théorique et pratique, en particulier agricole. Elles sont non-mixtes, femmes ou hommes.
3. Cette version ne tient pas, et le rôle de l’armée est de plus en plus mis en avant par les groupes et personnes solidaires des disparus. On ne rentrera pas dans les détails de cette histoire, mais la version officielle de la présidence et des grands médias évacuent les responsabilités des trois niveaux de gouvernements: municipal, régional et fédéral.

Rédigé par Cédric et Johann Chroniqueurs Radio Zinzine, 30.03.2015, recrutés par ute
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Archipel

Dieser Text stammt aus dem Archipel

Ausgabe: 235 (03/2015)

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