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MIGRATIONS: Lettre ouverte d’Afrique-Europe-Interact

A l’occasion du Sommet Extraordinaire de l’Union Africaine sur la Sécurité et la Sûreté maritime et le Développement en Afrique, le réseau Afrique-Europe-Interact s’adresse aux participante-e-s, chefs d’Etat, représentant-e-s de l’Union Africaine, ambassadrices et ambassadeurs africain-e-s en Europe, pour partager leurs points de vue et revendications à ce sujet.
Dans ces temps que nous vivons actuellement, la sécurité maritime dans le contexte de la migration est devenue un sujet de grande importance, notamment pour les sociétés africaines, et un défi majeur pour la politique. Ce qui nous préoccupe particulièrement est le fait déplorable que chaque année, des milliers de gens, notamment des jeunes citoyens et citoyennes des pays africains, perdent la vie sur les trajets de la migration. La mer méditerranéenne, le golfe de Guinée, le golfe d’Aden ainsi que le désert du Sahara sont devenus des cimetières pour un nombre trop important et surtout en pleine croissance de fils et de filles de l’Afrique qui se sont mis-e-s en route dans la quête d’une vie meilleure ou simplement pour échapper aux multiples crises qui troublent leur pays. Les 11 et 12 novembre 2015, les chefs d’Etat de 35 pays africains et 28 pays européens s’étaient rencontré-e-s à La Valette, capitale de Malte, pour élaborer un plan d’action sur la migration entre l’Afrique et l’Europe. Un fonds fiduciaire de 1,8 milliards d’euros a été lancé par l’Union Européenne (UE) pour la mise en place du plan d’action de la Valette. Pour de bonnes raisons, nombre de représentant-e-s des pays africain-e-s étaient très réservé-e-s vis-à-vis de ce plan d’action, qui vise encore une fois tout d’abord à une politique migratoire répressive pour empêcher la migration des Africain-e-s vers l’Europe, mais ne prend pas en considération les intérêts des populations et des pays africains. Nous avons tout de même constaté, depuis le sommet de la Valette, des efforts intensifiés de la part des Etats européens pour signer des accords bilatéraux et multilatéraux avec les Etats de l’Afrique dans la même logique de lutte contre la migration dite illégale et de renvoi forcé. Cela nous laisse craindre une remise en cause fondamentale des droits des citoyen-ne-s africain-e-s qui sont devenu-e-s des réfugié-e-s ou qui sont parti-e-s en migration et au-delà même de la libre circulation historique dans tout l’espace de l’Afrique.
Non aux accords de réadmission!
L’un des principaux sujets envisagés par les Etats européens sont les accords de réadmission, c’est-à-dire la collaboration des Etats africains dans les expulsions de leurs propres citoyen-ne-s, de personnes qui ont traversé leur territoire et même de n’importe quelle personne africaine «migrant-e irrégulièr-e». En avril passé, le ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas, Bert Koenders, en sa fonction de représentant de l’UE, visitait le Sénégal, le Mali et le Ghana dans le but de signer des accords de réadmission. Au Sommet sur l’Asile qui s’est tenu à Vienne (Autriche) le 24 septembre dernier, l’Egypte, les pays du Maghreb et aussi le Niger et le Mali étaient ciblés dans le but majeur de mettre en oeuvre des accords de réadmission. Mais ces accords ne sont qu’une réponse mal choisie à l’échec de la politique des Etats européens envers les populations réfugiées et migrantes qui résident en Europe: depuis des décennies, des millions de personnes vivent en Europe de manière précaire ou non-documentée. Ces gens, dits «clandestins», «migrants irréguliers» ou «demandeurs d’asile rejetés», sont en réalité des personnes qui luttent quotidiennement pour survivre et pour soutenir leurs proches, vivant dans des conditions traumatisantes et privées de leurs droits fondamentaux. La seule solution raisonnable à cette situation, dans le sens des droits humains et de la cohésion sociale, consisterait en la régularisation de toutes ces personnes, de façon à ce qu’elles puissent stabiliser leur vie dans les pays où elles résident. Malheureusement, la plupart des Etats de l’Europe ont choisi la voie contraire, cherchant à expulser un grand nombre de personnes dites irrégulières et réclamant une collaboration sous la forme des accords de réadmission.
Il est évident qu’une telle politique est contraire aux intérêts des pays de l’Afrique et de leurs populations. Les gouvernements des Etats africains doivent travailler pour leurs citoyen-ne-s, y compris les communautés de la diaspora – dans ce sens, signer des accords de réadmission pour faciliter des expulsions devrait leur être interdit. C’est aussi un fait connu depuis longtemps que les pays de l’Afrique bénéficient du travail de leur diaspora: leur contribution, pas seulement sous forme du soutien direct pour leurs familles et leurs proches, mais aussi sous forme d’investissement et d’engagement dans de multiples secteurs, dépasse de loin les bénéfices de la soi-disant «aide au développement». Régulariser tout-e-s les migrant-e-s pourrait aider à accroître les bénéfices pour les sociétés des pays africains. Signer des accords de réadmission, par contre, risque de détruire non seulement la vie des personnes menacées d’expulsion, mais aussi d’aggraver l’instabilité sociale et économique des pays concernés!
Nous nous félicitons que beaucoup de gouvernements africains, jusqu’à maintenant, ne sont pas prêts à signer les accords de réadmission que leurs homologues européens cherchent à leur imposer. Nous voulons aussi vous inviter à la vigilance sur beaucoup d’éléments de la société civile en Afrique qui sont prêts à se mobiliser pour faire face à toute tentative de mettre en place des accords de réadmission. Dans les années où Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur en France, cherchait à mettre en place un accord bilatéral avec le Mali, cette tentative échoua face à la résistance forte de la société civile malienne – la même réponse est possible dans tous les pays ciblés actuellement par le plan d’action de la Valette. 
Le «laisser-passer européen»
Un nouvel instrument d’expulsion développé par les Etats de l’UE est le «laisser-passer européen», un document de voyage pour renvoyer des gens, fourni par les autorités européennes, et non par les ambassades des pays ciblés. Dans le cadre du plan d’action de la Valette, les Etats européens cherchent à convaincre les représentent-e-s des pays africains d’accepter le «laisser-passer européen» comme document valable d’entrée sur leur territoire. La conséquence sera automatiquement une augmentation considérable du nombre des personnes expulsées qui mettra en même temps en cause la souveraineté nationale des pays de l’Afrique. Un projet modèle dans ce même contexte est la création d’un «centre d’accueil» au Niger dans la région de Agadez. Ce centre va servir, entre autres, à retenir des migrant-e-s et réfugié-e-s d’origines diverses, expulsé-e-s avec le laisser-passer européen. Par conséquence, on craint que les autorités du Niger cherchent à refouler ces personnes, dont la majorité ne sont pas des citoyen-ne-s nigérien-ne-s, aux pays voisins de la sous-région. Une situation s’annonce qui sera marquée par de graves violations des droits des personnes concernées et qui risque en même temps de produire de multiples problèmes entre les pays de la sous-région sahélienne.
Liberté de circulation
Nous vous demandons de prendre une position claire et forte, n’acceptez pas le «laisser-passer européen» comme document de voyage valable! N’acceptez pas les violations des droits des migrant-e-s et réfugié-e-s, n’acceptez pas la mise en cause de la souveraineté de vos pays!
La liberté de circulation des personnes et des biens a une longue tradition sur le continent africain où les liens sociaux et familiaux dépassent souvent les frontière nationales. Cette liberté est aussi une source d’échange commercial, économique, culturel et scientifique. Pour de bonnes raisons, le principe de la liberté de circulation est ancré, entre autres, dans le protocole de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Ce droit est actuellement mis en cause par les directives du plan d’action de la Valette. Les Etats de l’UE sont en train de verser un financement pour renforcer la présence des forces de l’ordre aux frontières et sur les trajets de voyage et pour installer de nouveaux dispositifs techniques de surveillance, alors qu’ils attendent des Etats africains des efforts intensifiés pour empêcher la migration «clandestine». Par conséquent, on a observé une augmentation des tracasseries contre des voyageurs aux postes de contrôle: frais divers, enlèvements dans des conditions arbitraires, ou même renvoi si la validité de leur pièce d’identité est mise en question. Prenant en considération que la plupart des gens aux pays de l’Afrique ne disposent que de très petits budgets et que beaucoup d’entre eux ne trouvent pas la possibilité de renouveler leur passeport ou carte d’identité, ces petites tracasseries empêchent déjà pas mal de citoyen-ne-s de jouir de leur droit de la libre circulation. Encore pire, les organisations de défense des droits humains témoignent de plus en plus de refoulements de personnes soupçonnées d’être en route pour la migration. De tels cas de refoulement se produisent notamment aux frontières entre le Mali et le Niger – deux Etats membres de la CEDEAO supposés respecter la liberté de circulation. Il faut sincèrement prendre aussi en compte que toute mesure qui limite la liberté de circulation et qui crée de nouvelles barrières va aggraver les pertes de vies humaines sur les trajets de la migration: plus les frontières sont fermées, plus les migrant-e-s sont arrêtés et refoulés, plus les gens seront forcés de choisir les trajets les plus dangereux, exposés aux dangers meurtriers dans les déserts et sur la mer et plus que jamais vulnérables aux rackets et aux bandes armées. Il est de votre responsabilité de défendre la liberté de circulation de vos citoyen-ne-s et la vie des personnes en migration. N’acceptez pas que l’Europe ferme les frontières de l’Afrique à travers des politiques migratoires restrictives qui tuent des migrant-e-s.
More for more/plus pour plus
Ce titre couvre un projet qui cherche à connecter l’aide au développement avec la «coopération» dans la politique migratoire. Avec cette «aide», les Etats européens se servent de leur puissance économique pour dicter leurs conditions aux pays de l’Afrique. Plusieurs représentants de la société civile du Mali, du Sénégal, du Togo et du Ghana ont constaté dans une déclaration en d’avril 2016: «(...)le fonds fiduciaire mis sur pied au sommet de la Valette pour pousser les pays africains, notamment du Sahel et de la corne de l’Afrique, à développer des politiques de gestion de la migration dictées par l’UE n’est qu’un trompe-l'oeil. En effet les 1,8 milliards d’euros du fonds fiduciaire ne sont que le reliquat du Fonds Européen au Développement (FED) promis à l’Afrique dans le cadre des accords de Cotonou qui viennent bientôt à expiration.»
Nous vous exortons à refuser le dictat européen sur le plan migratoire à travers la pression économique et les fausses promesses de «développement»! Cherchez à établir des conditions qui permettent à vos citoyen-ne-s de construire des projets qui bénéficient réellement au développement social, économique et culturel! Dans ce contexte, il est également nécessaire de dire «non» à toutes les stratégies néo-coloniales des pays européens qui detruisent et pillent les économies africaines. En outre, nous vous demandons d’abandonner les accords EPA qui ne servent que les intérêts européens et qui vont massivement marginaliser les produits africains.
Nous attendons de vous, participant-e-s du Sommet Extraordinaire de l’Union Africaine sur la Sécurité et la Sûreté maritime et le Développement en Afrique:
Refusez toute signature d’accords de réadmission!
Donnez l’ordre à vos ambassades et vos autorités de ne plus signer des laisser-passer d’expulsion!
Refusez le «laisser-passer européen» comme document de voyage valable!
Refusez les refoulements et les restrictions de la liberté de circulation entre vos pays!
Annulez tout accord de coopération signé dans le cadre du plan d’action de la Valette!
Engagez-vous pour la création de voies de voyage légales et sécurisées qui permettent aux migrant-e-s et aux réfugié-e-s d’arriver à leur but sans risquer leur vie, pour mettre fin à la mort dans le désert et sur la mer!
Accompagnez vos populations dans la création de structures qui donnent une vraie perspective économique et sociale pour les populations africaines et pour les générations futures!
Engagez-vous pour mettre fin aux guerres, à la persécution, aux conflits violents, à la pauvreté, aux insuffisances alimentaires et à la destruction des économies agriculturelles qui forcent des gens à fuir!
Nous souhaitons voir nos revendications prises en considération et entre-temps, nous vous prions d’agréer, mesdames et messieurs, l’expression de nos sentiments distingués.
Réseau transnational
Afrique-Europe Interact* Vienne/Brême le 11 octobre 2016

*  afriqueeuropeinteract(chez)yahoo.de

  afrique-europe-interact.net

Rédigé par frique-Europe Interact* Vienne/Brême le 11 octobre 2016, 18.11.2016, recrutés par ute
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Dieser Text stammt aus dem Archipel

Ausgabe: 253 (11/2016)

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