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Roumanie: le prix de l'or
martin.admin (non vérifié)

350 familles de Rosia Montana remuent ciel et terre pour sauver leur village. Elles ne veulent en aucun cas quitter les montagnes de l’Apuseni d’où un projet d’exploitation de la plus grosse mine d’or d’Europe menace de les déplacer. Ces familles, la plupart paysannes, se sont regroupées au sein de l’association «Alburnus Maior», le nom latin de la vieille cité romaine proche de Rosia Montana.

En son nom, elles ont lancé la plus grande campagne pour la défense de l’environnement qu’ait connue la Roumanie. Elles s’opposent au déplacement de populations, aux dégâts environnementaux prévisibles, à la destruction de sites archéologiques de l’époque romaine comme à celle de sites classés. Une exposition mobile met en évidence les conséquences écologiques et sociales de l’extraction de l’or. Plusieurs milliers de signatures ont été collectés dans toute la Roumanie, en vue d’un référendum. Près d’un demi-million de personnes de ce pays ont signé une pétition contre la mine, destinée au parlement, au gouvernement et aux églises. Le soutien est énorme, le succès incertain.

"Dans cette commune, nous avons toujours été épargnés: quand vint la guerre, nous avons été épargnés. Quand il y avait des tremblements de terre, nous avons été épargnés. Ici, nous ne manquons pas d’eau. Nous n’avons pas non plus de problème d’inondation. Pourquoi devrais-je partir d’ici? Ca c’est une chose, l’autre chose, c’est que j’ai une toute petite retraite. S’ils m’envoient, que sais-je, ailleurs, dans un immeuble ou quelque chose comme ça, de quoi je vivrai? Comment est-ce que je payerai mon loyer? Je vis déjà au jour le jour avec ma retraite d’à peine 30 euros".

La Compagnie Gabriel Ressources est arrivée à Rosia Montana en 1997. En s’associant avec l’entreprise d’exploitation minière d’Etat Minvest Deva, elle fonde la Rosia Montana Gold Corporation (RMGC). La Gabriel Ressources est cotée à la bourse de Toronto. Elle a été créée par un certain Frank Timis, d’origine roumaine. Elle détient actuellement 80% du capital de la RMGC. Seuls 2% des bénéfices reviennent à l’Etat roumain. Les spécialistes pensent pouvoir compter sur un gisement de 200 tonnes d’or et sur environ huit fois plus d’argent.

Le projet est gigantesque. Il prévoit d’aplanir quatre montagnes et de laver le minerai extrait à l’aide de cyanure. Cette méthode, de par son faible coût, garantit un gain maximum en même temps que des dommages environnementaux extrêmes. Le traitement des déchets toxiques résiduels s’effectue difficilement. C’est pour cette raison que ceux-ci seront stockés dans un immense lac artificiel. Pour Rosia Montana, on prévoit un bassin de 400 hectares et de 250 millions de m3 pour recevoir la quantité annuelle planifiée de 5.000 tonnes de cyanure. Un barrage de près de 200 mètres de haut serait alors le seul rempart contre une catastrophe, similaire à celle qui, il y a à peine 3 ans en Roumanie, anéantissait toute vie dans la Theiss, et cela jusqu’à Belgrade. Selon l’organisation environnementale Greenpeace, l’accident de Baia Mare, située à 170 km de Rosia Montana, avait déclenché "l’une des pires catastrophes fluviales" lorsque fin janvier 2000 se brisait le barrage d’un bassin de retenue de cyanure. Trois jours entiers avaient été nécessaires pour réparer le barrage. Quelque 100 tonnes d’eaux usées chargées de cyanure coulèrent en une vague empoisonnée à travers la Roumanie, la Hongrie et la Serbie. Dans le delta du Danube, pratiquement 2.000 km en aval du fleuve, le taux limite de cyanure était nettement dépassé. On pourrait considérer la catastrophe de Baia Mare comme un coup du sort s’il ne s’était produit, dans les mois qui ont suivi, au moins une demi-douzaine d’accidents semblables. Un accident comparable est survenu dans le voisinage de Rosia Montana, empoisonnant des milliers d’hectares de terres cultivées. Toujours selon Greenpeace, les sites des mines d’or du massif de l’Apuseni comptent parmi "les 40 à 60 régions les plus en danger avec dépassements massifs de taux limites, incidents techniques et risques de catastrophes". Leur fermeture serait du point de vue juridique en souffrance.

"Ecoute, Monsieur le Maire!" ai-je dit. "Démissionne! Ici et maintenant! Tu es si sournois! Tu as dit que tu étais de notre côté, mais à peine avons-nous le dos tourné que tu négocies avec les autres". Il a répondu qu’il était obligé de travailler avec les autres, avant de rajouter: "Tu sais quoi? Tu sortiras quand même de ta maison, même si je dois venir te chercher". J’ai juste répondu: "viens, si tu l’oses!".

La RMGC a depuis essuyé quelques revers. A la suite de protestations de mouvements écologistes, la Banque Mondiale s’est retirée du projet. La firme a ainsi perdu un crédit de 100 millions de dollars. L’espoir de pouvoir compenser avec des investisseurs privés s’est pratiquement effondré. Depuis, les initiés du marché de l’or eux-mêmes déconseillent d’acquérir des actions Gabriel et recommandent de ne pas racheter le titre en raison des risques incalculables. La RMGC n’a rien pu faire contre ça. Elle a fait installer un centre d’information pour les citoyens à Rosa Montana où elle tente de persuader les habitants des retombées positives du projet pour la région. Outre l’argument financier, elle insiste également sur les créations d’emplois.

Les premiers transferts de population ont déjà commencé alors que les auditions concernant les licences de compatibilité sociale et environnementale n’auront pas lieu avant l’automne. La firme elle-même doit présenter les plans correspondants. C’est obligatoire, tant selon le droit national que celui de l’UE; cette procédure est même exigée par la Banque Mondiale.

A ce jour, la RMGC a déjà acquis plus de 250 maisons sur le site ou bien conclu des pré-contrats de vente. Des panneaux bleus marquent leur propriété, cotoyant souvent un symbole qui met en évidence la valeur historique du bâtiment. De telles maisons ne devront pas être rasées, car la RMGC a déclaré le centre du village zone protégée. Lors d’une conférence des investisseurs à Toronto, en avril dernier, un des directeurs, Simon Lawrens, déclarait qu’il n’y aurait pas de raison, après un transfert de population couronné de succès, de détruire aussi la région de la zone protégée. La firme essaye de motiver les gens à quitter leur logement, maison ou magasin, avec des sommes qui dépassent de loin les normes roumaines. Le médecin généraliste s’est laissé convaincre et vient de fermer son cabinet. Au village, le bruit court qu’il aurait reçu pour cela 30.000 dollars. A présent, 1.800 personnes se retrouvent sans soins médicaux élémentaires. Si l’argent n’atteint pas son but, sitôt qu’elle sera en possession de l’autorisation d’exploitation définitive, la RMGC veut faire intervenir l’Etat roumain pour utiliser la force contre les récalcitrants. La RMGC mène déjà la vie dure aux habitants. La firme a commencé à acheter les lacs autour de Rosia Montana qui garantissent l’approvisionnement du bétail en eau. Elle contrôle également le réseau d’eau de la commune. Selon Stefania Simon, activiste d’Albunus Maior, la façon dont s’est passée la vente des terrains communaux est caractéristique du processus: "la mairie avait annoncé une vente aux enchères publiques. La condition pour pouvoir y participer était la possession d’une licence d’exploitation minière. Seule la RMGC en possédait une. Finalement, elle était le seul candidat. Puis ils sont venus prendre les mesures de l’appartement, comme ils l’avaient déjà fait chez les autres. Ils nous ont dit: ‘nous avons été envoyés’. ‘Oui’, ais-je répondu, ‘je sais que vous avez reçu beaucoup d’argent pour ça. Mais, vous voyez, je ne suis pas d’accord avec le déménagement’ – et j’ai clos le débat là-dessus".

Une nouvelle lueur d’espoir est apparue au début de l’été. Le Premier ministre Adrian Nastase a déclaré que le gouvernement de Bucarest ne soutenait pas la construction de la mine bien que la RMGC, selon ses propres informations, disposait déjà d’une autorisation provisoire d’exploitation. D’après Nastase, la mine causerait des dommages sociaux et écologiques. Au moment où la RMGC déposait un rapport parlementaire en sa faveur, début juillet, Nastase intervint de nouveau. "Une partie du gouvernement a réalisé que le projet de la mine était illégal et absurde" précise Stefania Simon. Le cours des actions de la Gabriel Ressources s’effondra une nouvelle fois à la bourse de Tonroto. "La firme Gabriel a toujours affirmé avoir le soutien du gouvernement et de la population. Les déclarations du gouvernement de Bucarest ont été un choc pour les investisseurs". Stefania Simion espère maintenant, ainsi que beaucoup d’autres à Rosia Montana, que Nastase tienne parole et qu’au minimum il stoppe les déplacements de population.

Le peintre Valentin Costin fait la proposition, dans toute l’Europe, de monter une colonie d’artistes à Rosia Montana. "Il ne s’agit pas de vacances d’été, mais d’une présence permanente" précise-t-il. Les œuvres seront mises en vente sur les marchés de la région, au profit des opposants à la mine. Le Forum civique européen a lancé une action pour soutenir la bagarre contre la mine à l’aide d’une lettre de protestation à signer (voir encadré ci-contre).

Un soutien international comme celui-ci est essentiel pour le succès de la campagne d’Alburnus Maior: en octobre débutent les auditions publiques concernant la licence de compatibilité à l’environnement. Elles sont nécessaires à la poursuite légale des déplacements. Les autorités de Bucarest veulent ensuite reconsidérer leur décision au sujet des autorisations d’exploitation déjà accordées. La Rosia Montana Gold fera à nouveau tourner à plein régime sa machine à relations publiques. Mais les membres d’Alburnus Maior et leurs familles connaissent la signification de l’issue des auditions et veulent tenter l’impossible. Ainsi Margit Buran, 76 ans, élèvera de nouveau la voix, comme elle l’a déjà si souvent fait, directement et avec toute sa force.

"J’ai aussi parlé à Bucarest, tu sais ça? Stefania m’en a donné le courage, mais je devais faire court. Bon, c’est comme ça que je leur ai parlé: ‘Je m’appelle Margit Buran. Je suis née à Rosia, je veux mourir à Rosia. Et je veux être enterrée aux côtés de mes parents, de mes grands-parents, de mes frères, de mon seul enfant et de mon mari. Alors, je ne déménagerai pas; aussi longtemps que je serai encore en vie, je veux respirer l’air frais et pas de la poussière’. J’ai juste dit la vérité, rien d’autre".

Joachim Cotaru - FCE

 

Pour toutes informations:  www.rosiamontana.org 

Vous pouvez trouver WORD ou PDF-file.

Ceux qui s’intéressent à l’idée du village d’artistes peuvent s’adresser à Valentin Costin, par tél.: 00 49 (0)722 469 151 ou par email: valentin.costin@web.de

 

Rédigé par Joachim Cotaru - FCE, 10.10.2003, recrutés par martin.admin
Thème im Archipel 109 (10/2003)
Tags: Roumanie
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Ausgabe: 109 (10/2003)

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