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TERRE A TERRE: Libérons les terres!

Dimanche 28 mars dernier, lors d’une manifestation, des collectifs, des citadins armés de bêches, des jardiniers en herbe et des maraîchers en lutte ont participé à la libération des terres dijonnaises*. Malgré un temps très maussade, un noeud lunaire réputé défavorable au travail du sol, et le changement d’heure – autant de facteurs propres à décourager les participant-e-s potentiel-le-s au pique-nique annoncé – ce sont environ deux cents personnes qui se sont retrouvées au lieu de rendez-vous.
Dans sa course au rendement, le modèle agricole dominant, basé sur une logique industrielle et productiviste, requiert un usage massif de pétrole, de pesticides, d’engrais, d’emballages plastiques, le transport des aliments sur des milliers de kilomètres et provoque la stérilisation des sols et des cours d’eau, la désagrégation des liens sociaux dans les campagnes et l’exode rural, l’exploitation et le maintien dans la misère de millions de personnes sans papiers et sans terres en Europe et dans le monde. Son développement à l’échelle mondiale n’aura fait qu’aggraver les inégalités sociales, la destruction de la biosphère et livrer le vivant, des champs jusqu’aux semences et engrais, aux tenants de l’agro-industrie mondiale et à leurs trusts.
L’agriculture industrielle est un cercle vicieux dévastateur. Des mythes progressistes aux mentalités conservatrices, du rouleau compresseur économique aux choix étatiques, son offensive est toujours féroce, même relookée «écolo». Partout dans le monde, des millions de paysans se battent pour garder un contrôle sur leurs ressources, pour pouvoir nourrir les leurs et ne pas finir dans des bidonvilles. En Europe, les politiques alimentaires ont presque réussi à faire disparaître totalement la «paysannerie» en faisant en sorte qu’il soit presque impossible pour les petits agriculteurs de vivre du travail de la terre et pour les jeunes de s’installer comme paysan. Elles ont rendu la plupart d’entre nous complètement dépendant-e-s, coupé-e-s de tout savoir-faire, espaces et pratiques connectées à la production de notre alimentation.


A Dijon


Autour de Dijon, des maraîchers, paysans et des associations regroupant des citadins ou des ruraux, dénoncent et défient la domination de l’agriculture conventionnelle. Des initiatives variées mettent l’accent sur les divers freins institutionnels et politiques à l’installation que rencontrent notamment des projets bios orientés vers la vente directe et locale ou vers des associations, pour lesquels l’accès au foncier demeure souvent problématique. A souligner que plus de 800 personnes sont comptabilisées en liste d’attente pour des AMAP (il y en a déjà 6 sur la ville) alors que de nouvelles structures de ce type ne peuvent se développer en l’absence de nouveaux maraîchers.
Chaque jour, dans le monde, des hectares de terres sont grignotés par le béton, et les anciennes ceintures maraîchères font sans cesse place à des zones commerciales, des parkings et des immeubles. Dijon ne déroge pas à la règle: les campagnes alentour sont tenues par les gros producteurs, la ceinture maraîchère est en friche ou bitumée, et les jardins ouvriers, reflets de communautés sociales et trésors de débrouilles, tendent à disparaître, malgré les fortes demandes à ce sujet. On nous parle sans cesse d’éco-quartiers, mais au-delà du flonflon vert pour l’image et de la réalité eco-aseptisée qu’elle cache, ce que nous souhaitons (re)créer aujourd’hui ce sont des zones maraîchères au sein et en périphérie des villes. Nous voulons des terres où puissent se développer des projets agricoles pour des paysans qui souhaitent s’installer, aussi bien que des potagers qui permettent à des citadins de cultiver une partie de leur nourriture.
Les initiatives de libération de terres laissées en friche ou vouées au béton, et la mise en place de potagers collectifs sont parmi les moyens possibles pour défricher les bases d’une agriculture, locale, directe, bio... Elles questionnent les modes de productions et le cloisonnement producteurs-consommateurs. Elles permettent de briser en acte le brevetage et la commercialisation systématique du vivant, et de fertiliser les liens qui se tissent à partir d’une terre partagée, habitée et travaillée...
Parce que la nourriture est un besoin primaire, parce que sortir l’alimentation des mains de l’agro-industrie est à la charnière de tout projet social émancipateur, parce que nous voulons mettre nos idées en pratique et relier des actions locales aux luttes globales, parce que le refus de la nourriture industrielle ne se situe pas sous plastique et hors de prix dans un rayon high tech de supermarché: libérons les terres!


L’occupation


Mais revenons à l’action du 28 mars dernier. Quelques interventions introductives ont d’abord eu lieu. Un représentant de l’AMAP1 de Plombières a souligné la demande croissante sur ce type de structure et le besoin que des terres soient laissées à disposition pour des projets paysans locaux. Un maraîcher affilié à la Confédération Paysanne2 a rappelé les luttes menées par son syndicat à ce sujet et mentionné avec une certaine émotion qu’il y a dix ans, lui et sa compagne avaient dû partir des très bonnes parcelles qui allaient être occupées aujourd’hui à cause d’un hypothétique projet d’urbanisme et qu’elles avaient été laissées en friche depuis. Une militante de Terre de Liens3 a parlé des initiatives d’aides collectives développées par son association pour accéder au foncier, tandis que des agriculteurs du réseau Reclaim the Fields4 (Reconquérons les champs), venus de Mayenne, d’Ardèche ou du Morbihan ont insisté sur la pertinence d’actions de ce type en ville ou à la campagne et, au-delà, sur la nécessité de développer une nouvelle «paysannerie» pour sortir de l’impasse de l’agriculture industrielle.
Au son d’une batukada5 internationaliste, la manifestation a pris les allées du Parc et s’est dirigée droit au but (tenu caché), avec des brouettes pleines de petits plants et quelques dizaines de bêches, pioches, faux et fourches brandies qui lui donnaient des airs de jacquerie urbaine. A l’arrivée au coin de la rue Phillipe Guignard l’ensemble des manifestant-e-s a pénétré directement sur la première parcelle en friche de la rue, s’avançant mètre par mètre en défrichant en ligne ce champ envahi par les ronces. Au bout de quelques heures d’intense ébullition collective, grâce au ravitaillement assuré par Food not bombs6 et sous les rythmes véhéments de la batukada, une bonne partie du champs était déjà retourné et en voie d’être ensemencé. Les quelques policiers présents se sont contentés d’observer et de condamner, médusés.
Une première assemblée du potager a permis de se donner rendez-vous pour la suite, d’organiser la diffusion de l’information, le début des cultures et le maintien de l’occupation. Bon nombre de voisins, qui voyaient les terres et les maisons alentour se dégrader depuis des années, sont venus s’enquérir avec enthousiasme de l’action et sont repartis en promettant de repasser bêche à la main ou avec quelques prospectus pour relayer l’information dans le quartier.
Dès le lendemain, la chaîne d’information régionale et le torchon local faisaient état de l’occupation. La nouvelle s’est rapidement propagée dans la ville, au point que certains propriétaires et l’adjoint à l’urbanisme de la mairie, accompagnés de la maréchaussée, se sont rendus le matin même sur les lieux pour constater le forfait.
Ces petits désagréments n’ont en rien éreinté la motivation des défricheur-euse-s et apprenti-e-s jardinier-è-s, et nous comptons bien garder les terres! Seul le temps, pluvieux toute la semaine suivant l’occupation, ralentira provisoirement l’enthousiasme, nous obligeant à repousser le repiquage de la première série de 2000 plants préparés quelques semaines avant la manifestation. Fort heureusement, le temps s’est depuis montré plus clément, et nous voilà lancé-e-s corps et bêches dans notre utopie potagère! Les repiquages sont en cours et de nombreux semis de tomates, aubergines, courges, salades, courgettes et autres légumes ont été préparés et mis à germer dans la serre-garage de «la  villa», maison squattée et réparée depuis le mois de février après que la Mairie l’eut partiellement détruite et place forte du potager.
Le printemps pointe donc le bout de son nez et avec lui la vie reprend son cour, la végétation bourgeonne et les larves d’huissiers éclosent: autant de raisons pour continuer à nous battre et jardiner... En attendant une éventuelle riposte judiciaire ou politique, les légumes retrouvent leurs droits dans l’ancien quartier des maraîchers...
Un participant
1. Les Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne créent un lien direct entre paysans et consommateurs, qui s’engagent à acheter la production de celui-ci à un prix équitable et en payant par avance.


 http://www.reseau-amap.org/


2. Syndicat agricole français membre de la Coordination paysanne européenne et de Via Campesina. (www.confederationpaysanne.fr/)
3.  Structure à vocation associative française qui tente de changer le rapport à la terre, à l’agriculture, à l’alimentation et à la nature, en soutenant des nouvelles installations, entre autres collectives. (www.terredeliens.org/).
4. Coordination dont le  but est d’encourager les gens à rester ou à retourner en milieu rural. (www.reclaimthefields.org/fr).
Le nom est inspiré d’un groupe d’action directe (Reclaim the streets) qui dans les années 1990, luttait contre la «privatisation de l’espace public» en organisant des fêtes de rue et en multipliant les actions surprises avec une imagination débordante, de l’humour mais souvent aussi pas mal de confrontation avec la police.
5. Ensemble de percussions, originaire du Brésil, utilisé depuis les années 1990 dans les manifestations et autres contre-sommets.
6. De la nourriture, pas des bombes est une organisation horizontale de redistribution gratuite et autonome de nourriture. Il existe des centaines de collectifs de par le monde, sur tous les continents.

 07.06.2010, recrutés par ute
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Archipel

Dieser Text stammt aus dem Archipel

Ausgabe: 182 (05/2010)

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