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UKRAINE: Des paysans provençaux en visite

L’association Païsalp, regroupant des paysans fermiers de Haute-Provence, a organisé en janvier 2010, le déplacement de onze paysans et d’un vétérinaire à l’ouest de l’Ukraine, en Transcarpatie, au sud des Carpates, et dans la région de Lviv au nord des mêmes Carpates. Ce voyage faisait suite à la venue dans le sud de la France d’une délégation d’Ukrainiens emmenée par l’Association Transcarpatienne pour le Développement Local, ATDL.
Nous avons vu deux des aspects de l’agriculture ukrainienne, l’agriculture d’autosubsistance de l’immense majorité des «paysans d’Ukraine», d’un coté, et les débuts d’une industrie agro-alimentaire de l’autre. Pour notre part, nous avons essayé de raconter ce que nous vivons et faisons, et ce que nous pensons; cette relation devrait se poursuivre dans l’avenir.


Elections


Le hasard nous a fait arriver en Ukraine au moment du premier tour des élections présidentielles, un moment surréaliste… En 2004, pour mémoire, c’est la révolution orange, le président élu est accusé de tricherie, les manifestations se succèdent dans les rues de Kiev la capitale, le pouvoir fini par céder et organise un troisième tour de scrutin. C’est l’opposant Iouchtchenko qui l’emporte alors. Six ans plus tard, ce même Iouchtchenko est balayé au premier tour avec moins de 5% des voix! Un record mondial sans doute pour un président sortant, qui plus est arrivé au pouvoir grâce à un mouvement populaire. En fait, rien n’a changé et la population n’attend plus rien de ses «élites» ni d’une quelconque alternance; la corruption, le népotisme n’ont fait que croître, le niveau de vie des gens que décroître. Le président n’a cessé de se quereller avec sa première ministre, Julia Timochenko, les deux ont passé le plus clair de leur temps à se jeter des bâtons dans les roues. Résultat: au deuxième tour, elle est à son tour battue par le perdant d’il y a six ans, Ianoukovitch, renversé pour tricherie en 2004, élu en 2010! Hélas, tout continuera comme avant.



Des usines à «bouffe»


Au cours de notre tournée agricole, nous avons été confrontés à ces turpitudes politiques. En Transcarpatie, un homme, Monsieur B., mène les affaires, dans tout les sens du terme, depuis pas mal de temps. Ancien directeur de cabinet du président sortant, il s’est rallié au nouvel élu une semaine avant le deuxième tour, il est incontournable dans la région, d’ailleurs la rumeur prétend que, déjà sous le communisme, il trafiquait alcool et cigarettes. Monsieur B. donc, vient d’ouvrir huit supermarchés, les premiers dans cette province, d’une marque qu’il a créée, Barva. Le rapport à l’agriculture? C’est qu’il a décidé de fournir lesdits supermarchés avec des usines à «bouffe» qu’il est en train de créer; nous avons visité ces usines. Cela se passe principalement autour de Moukatchevo, la deuxième ville de Transcarpatie, dont Monsieur B. fut jadis le maire. Notre guide pour ces visites n’est autre que le responsable de l’agriculture au conseil régional, Yvan Fedorovitch P. qui auparavant fut le directeur de l’entreprise de Monsieur B. Yvan Fedorovitch P. travaille toujours pour Monsieur B. mais à un autre poste, il y est très utile pour les subventions, autorisations administratives et autres tracasseries.
Nous avons commencé par un élevage de vaches laitières, des Holstein évidemment comme partout, elles seront bientôt 170 mais pour l’instant tout est en rodage, plus loin une laiterie toute neuve, pareil c’est la phase d’apprentissage, tout est nickel, aux normes mondialisées, c’est prévu pour la vente de lait en bouteilles, le yaourt, le kéfir et le fromage blanc, tout au supermarché, bien sûr. Puis, nous voyons une usine à fabriquer des farines pour les animaux, des entreprises françaises l’ont livrée clés en main et en assurent le suivi, et pour finir en beauté, l’usine à cochons, deux fois quatre cents truies arrivées de France et qui donneront chacune entre 10 et 12 porcelets qui seront abattus à 120 kg! Toutes ces bêtes sont bourrées de vaccins et autres antibiotiques, la visite se passe en scaphandre de peur qu’on ne leur amène une méchante grippe. Ce n’est que le début, la capacité sera ensuite doublée avec une deuxième usine construite dans les ruines du kolkhoze local, tout un symbole. C’est encore une boîte française qui fournit les usines à cochons, I-TEK de Bretagne, leur savoir-faire en destruction de l’environnement et de la paysannerie est tel en Bretagne qu’ils ont raison d’exporter!
Et encore à venir pour achever ce processus, un abattoir tout neuf avec multiples ateliers de transformation du cochon, monsieur B. pense à tout… Toujours le même processus de développement plus ou moins maffieux qui se répète et se reproduit partout sur la planète, souhaitons qu’à la fin il reste autre chose que ces horreurs à produire des «denrées alimentaires».



Autosubsistance


Heureusement lors des premiers jours de notre séjour nous avions visité autre chose. Dans le district de Khust, aux villages de Nijné Sélitché, de Nankovo et de Isa, nous avons vu de très petites fermes d’autosubsistance: une ou deux vaches, quelques cochons, des poules et un jardin potager. Chaque famille a reçu un petit lopin de terre après la décollectivatisation, de 70 ares à deux hectares selon les villages et régions. Juridiquement, ces fermes sont des exploitations individuelles, pratiquement, elles ne permettent pas aux familles de vivre de leur travail agricole, tout juste de subvenir à leurs besoins en nourriture et d’échanger ou vendre les quelques surplus. Il faut un autre travail pour s’en sortir, les hommes généralement partent en «saisons», de quatre à six mois par an, parfois jusqu’à neuf, sur des chantiers de bâtiment à Kiev ou Moscou, ou pour les récoltes parfois très loin, jusqu’en Sibérie. Ceux qui ne partent pas ont des boulots de fonctionnaires qui ne suffisent pas à les nourrir, 80 euros par mois pour les professeurs. C’est une économie très pauvre, mais le potentiel est énorme, il y aurait tout ici pour faire une agriculture de qualité à taille humaine. Cette région a été pendant quarante-cinq ans dans l’Union soviétique, de ce fait toute idée de collectivisme est discréditée pour encore un moment; dans le même temps, les traditions d’agriculture paysanne ont été détruites, tout est à réinventer. C’est aussi le message de Païsalp, ce que nous sommes venus raconter: on peut vivre bien sur des petites fermes, sans tout détruire autour de soi. Peu se lancent dans l’aventure, mais nous en avons vus. A la fin de notre séjour, lors d’une rencontre avec la presse et les autorités agricoles, nous avons rappelé aussi que les créations industrielles agro-alimentaires coûtent très cher en subventions et capitaux «privés» pour très peu d’emplois et beaucoup de dégâts; en aidant la petite agriculture paysanne à sortir du marasme, on crée beaucoup plus d’emplois et des produits de bien meilleure qualité, tout en respectant la vie des gens et l’environnement.
Y a-t-il une raison que cela se passe mieux en Ukraine que partout ailleurs? Non aucune. Sauf peut-être la nuisance et la stupidité révélées d’un système industriel dévastateur à tous les points de vue.


Rédigé par Bertrand Burollet - FCE (Vigneron à Longo Maï), 09.06.2010, recrutés par ute
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Dieser Text stammt aus dem Archipel

Ausgabe: 181 (04/2010)

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